Zoom-Arrière : 2017 en 20 Titres (Le Top)

On 22/12/2017 by Nicolas Gilson

Contrairement à 2016 où les sorties avaient fait battre nos coeurs sans parvenir au rythme surpuissant de 120 battements par minutes (une vingtaines de titres nous restent en mémoire), 2017 a attisé nos sens et notre curiosité.

Nous avons ri à gorge déployée avec ROCK’N ROLL de Guillaume Canet, EMBRASSE-MOI de Océane Rose Marie et Cyprien Vial,  et D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE de Roman Polanski, preuve que la comédie française n’est pas morte (ou reléguée à nos flops de l’année). Arnaud Desplechin s’est une nouvelle fois voulu conteur avec LES FANTOMES D’ISMAEL tandis que le cinéma français nous a fait vivre mille sensations avec le troublant 120 BATTEMENTS PAR MINUTES de Robin Campillo, le fascinant L’ATELIER de Laurent CANTET, l’hypnotique BARBARA de Mathieu Amalric, l’énergique JEUNE FEMME de Leonor Serraille ou encore le saisissant GRAVE de Julia Ducournau.

Nous avons été séduits voire emballés par quelques tentatives Disney à l’instar de BEAUTY AND THE BEAST en « prises de vues réelles » et la suite des aventures des gardiens de la Galaxie. Le caractère engagé du cinéma américain nous a surpris là où nous ne nous y attendions pas avec GET OUT de Jordan Peele, BATTLE OF THE SEXES de Valerie Faris et Jonathan Dayton, le très réussi PATTI CAKE$ de Geremy Jasper ou même BABY DRIVER d’Edgar Wright.

Le cinéma belge était-il plus discret que quatre titres majoritaires sortent du lot : INSYRIATED de Philippe Van Leeuw, HOME de Fien TrochNOCES de Stephan Streker et EVEN LOVERS GET THE BLUES de Laurent Michelis. On épinglera encore DODE HOEK de Nabil Ben Yadir et TUEURS de François Troukens et Jean-François Hensgens – des films de genre efficaces (mais vivement 2018 et LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES).

Nous nous sommes rendu compte de la vitalité du cinéma européen avec, en vrac, ESTIU 1993 de Carla Simon, THE HAPPIEST DAY IN THE LIFE OF OLLI MÄKI de Juho Kuosmanen, THE SQUARE de Ruben Östlund, THE KILLING OF A SACRED DEER de Yorgos Lanthimos, LADY MACBETH de William Oldroyd, ON BODY AND SOUL de Ildiko Enyedi ou BRIMSTONE de Martin Koolhoven. Et puis nous avons voyagé, au sens propre comme au figuré, avec LA REGION SALVAJE d’Amat Escalante, UNA MUJER FANTASTICA de Sebastian Lelio, EL CIUDADANO ILUSTRE de Mariano Cohn et Gaston Duprat, FELICITE de Alain GomisUNE FEMME DOUCE de Sergei Loznitsa ou encore LOVELESS de Andreï Zvyangintsev. En oubliant de nombreux documentaires passionnants.

L’exercice de composer un florilège est excitant autant que limitatif, aussi, sur le podium de la subjectivité, nous ne placerons pas cette année 10 titres (comme en 2016, 2015 ou 2014), mais 20 avec pour seule règle de ne prendre en considération que les titres sortis en Belgique en 2017.

1

Avec WRONG ELEMENTS, Jonathan Littell appréhende de manière fascinante la réalité des enfants soldats sous l’angle de leur réinsertion. Une approche et une mise en perspective qui se veulent fascinantes.

2

GET OUT fut l’une des surprises de l’année : un film de genre dont la férocité et l’humour permettent de mettre en lumière la réalité du racisme. Jouant avec malice avec les clichés du cinéma commercial – qu’il soit romantique comme de genre – Jordan Peele propose un voyage surprenant et inattendu nourri de suspens et d’horreur. Un premier film surprenant, cynique et glaçant.Une claque.

3

A Berlin, Daniela Vega fut LA révélation. Première rôle de UNA MUJER FANTASTICA, l’actrice chilienne nous hypnotise au fil du film de Sebastian Lelio – qui décrocha par ailleurs un mérité prix du scénario.

4

Coproduit en Belgique et tourné sur les hauteurs de Liège, GRAVE nous fond à l’éveil d’une fille végétarienne à ses pulsions anthropophagiques. Un film pop et rock au fil duquel Julia Ducournau tisse une troublante allégorie de l’éveil à soi et à ses pulsions (notamment sexuelles). Âmes sensibles s’abstenir.

5

A Berlin, à la découverte de THE OTHER SIDE OF HOPE, nous nous attendions à un Ours d’Or. Aki Kaurismaki aussi. Il boudera le prix de la mise en scène que le jury réserva à cette fable drôlissime sur la réalité plus noire de l’immigration. Ne boudons pas notre plaisir.

6

Il y a des films qui donnent le sourire et, tout à la fois, embrument les yeux. ON BODY AND SOUL de Ildiko Enyedi en est une belle illustration. Après un passage à vide, la réalisatrice hongroise signe un conte où le merveilleux côtoie le sordide de toute existence. Magique.

7

Découvert à la Mostra de Venise en 2016 où il a valu à Oscar Martínez le Prix du Meilleur acteur, EL CIUDADANO ILLUSTRE ouvre un dialogue hilarant (et intelligent) entre fiction et réalité. Au fil de cette comédie, les Argentins Mariano Cohn et Gaston Duprat nous proposent une réflexion pertinente sur la notion de création et son rapport au monde.

8

Adaptation de la pièce « Blackbird » de David Harrower, UNA marque le passage (très) réussi derrière la caméra du dramaturge Andrews Matthews. Mettant en scène Rooney Mara et Ben Mendelsohn dans une confrontation vertigineuse entre une victime et son bourreau pédophile, le film nous plonge littéralement dans le trouble qui anime la protagoniste autant qu’il la motive à s’imposer à celui dont elle fut éprise 15 ans plus tôt, lorsqu’elle avait à peine 13 ans. Pleinement sensorielle, l’approche esthétique est étourdissante. Sensationnel (dans le meilleur sens du terme).

9

Avec pour terreau le manuscrit inachevé de James Baldwin, Raoul Peck compose un documentaire saisissant qui serait éblouissant si la réalité qu’il transcende – et qui transcende le temps – n’était pas aussi abjecte. Aux mots de l’auteur Afro-Américains répondent les images des héros évoqués (Medgar Evers, Malcom X ou Martin Luther King) comme celles d’une Amérique tristement contemporaine. Construit par juxtapositions, en unissant en un même mouvement les réalités d’une révolte nécessaire, I AM NOT YOUR NEGRO nous confronte à la réalité d’un monde à laquelle il nous serait nécessaire de faire face.

10

Premier film en français de Kioshi Kurosawa, LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE est une expérience hypnotique renversante. Sous ses faux-airs réalistes, le film nous conduit aux portes de la folie et de son aveuglement. Le réalisateur japonais questionne le fantasme des hommes en faisant d’une jeune femme – admirablement interprétée par Costance Rousseau – le miroir de leurs projections. Fantastique (dans tous les sens du terme) !

11

Au fil de son quatrième long-métrage, HOME, la réalisatrice belge Fien Troch propose le portrait croisés d’adolescents et de leurs mères. A la croisée entre Larry Clark et Gus Van Sant, le film est renversant. Lion d’Argent de la meilleure réalisatrice lors de la 73 ème Mostra de Venise.

12

Comment mieux mettre en scène l’humain qu’en en montrant les failles ? Photographie saisissante d’une Russie contemporaine, NELYUBOV (Loveless ou « Faute d’amour ») se veut universel : Un drame familial se meut en un magnétique thriller ; un voyage étourdissant qui nous confronte à nous-même. Prix du jury lors du 70 ème Festival de Cannes – et Prix CineFemme 2017.

13

Après avoir signé trois court-métrages et flirté avec le cinéma expérimental, William Oldroyd signe avec LADY MACBETH un premier long-métrage des plus maîtrisé et extrêmement sensible. Adaptation de « Lady Macbeth du district de Mtsensk » de Nikolai Leskov transposé dans l’Angleterre contemporaine à l’époque de l’ouvrage (1865), le film est le portrait d’une jeune femme qui se retrouve littéralement enfermée dans son mariage. Aussi éblouissant que glaçant.

14

Déroutant et envoûtant, THELMA renouvelle le cinéma fantastique. Joachim Trier signe son meilleur film en nous plongeant au coeur d’un surprenant thriller qui se tisse à mesure que la protagoniste se découvre à travers l’éveil à ses sentiments amoureux. Désarçonnant.

15

Présenté au Panorama à Berlin, INSYRIATED est certainement LE film belge de 2017. Philippe Van Leeuw s’intéresse à la réalité du conflit syrien au regard d’une famille isolée dans on appartement et signe un huis-clos saisissant.

16

Offrant à Jeanne Balibar d’incarner une actrice qui personnifie à l’écran Barbara, le film de Mathieu Amalric nous plonge au coeur d’une totale mise en abyme où il joue lui-même le rôle d’un réalisateur qui écrit et met en scène un biopic sur Barbara. Antithèse parfaite de tout biopic, BARBARA n’a de vérité que l’impression qui émane de l’évocation. Dans le rôle titre, Jeanne Balibar est éblouissante.

17

Célébré par le Grand Prix lors du 70 ème Festival de Cannes, 120 BATTEMENTS PAR MINUTE y fût unanimement la Palme du Coeur. Au fil de son troisième long-métrage, Robin Campillo s’intéresse à l’épidémie du sida sous l’angle de la lutte et de la réappropriation de la parole (et des corps) ; sous l’angle de l’amour aussi. Un film étourdissant, intimement organique.

18

Fort d’avoir mis en exergue les normes sociales et sociétales en questionnant les dynamiques de groupe (INVOLUNTARY ou PLAY) ou en faisant imploser le paradigme familial (FORCE MAJEURE), Ruben Östlund pousse plus avant son étude de la nature humaine en s’intéressant à ses valeurs – nos valeurs de confiance, d’altruisme et d’égalité. Ce faisant, il signe avec THE SQUARE une satire étourdissante gorgée d’humour.

19

Avec THE KILLING OF A SACRED DEER, Yorgos Lanthimos creuse plus avant les perversions humaines en s’y intéressant de manière absolue en convoquant le « divin ». Il signe avec Efthymis Filippou un scénario génialissime et attise nos sens à travers une esthétique littéralement fantastique. Se surpassant, il nous ébahit, nous décontenance et nous pétrifie tout en nous éblouissant. Médusant.

20

Expérience plus hypnotique que toutes les autres, LA REGION SALVAJE d’Amat Escalante nous nous confronte à rien de moins que la part primitive de tous. Nous entrainant au coeur d’une expérience dont les contours demeurent à dessein troubles (et dès lors subjectifs), le réalisateur mexicain met à mal les valeurs conservatives et l’hypocrisie d’un monde gangréné par le masculinisme, l’homophobie, le mensonge et la violence. Confrontant et magnétique.

En bref :

  1. LA REGION SALVAJE, Amat Escalante

  2. THE KILLING OF A SACRED DEER, Yorgos Lanthimos

  3. THE SQUARE, Ruben Östlund

  4. 120 BATTEMENTS PAR MINUTES, Robin Campillo

  5. BARBARA, Mathieu Amalric

  6. INSYRIATED, Philippe Van Leeuw

  7. THELMA, Joachim Trier

  8. LADY MACBETH, William Oldroyd

  9. LOVELESS, Andrey Zvyagintsev

  10. HOME, Fien Troch

  11. LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE, Kioshi Kurosawa

  12. I AM NOT YOUR NEGRO, Raoul Peck

  13. UNA, Andrews Matthews

  14. EL CIUADANO ILUSTRE, Mariano Cohn et Gaston Duprat

  15. ON BODY AND SOUL, Ildiko Enyedi

  16. THE OTHER SIDE OF HOPE, Aki Kaurismaki

  17. GRAVE, Julia Ducournau

  18. UNA MUJER FANTASTICA, Sebastian Lelio

  19. GET OUT, Jordan Peele

  20. WRONG ELEMENTS, Jonathan Littell

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>