Zoom Arrière : 2017 en 10 Titres (Les Flops)

On 26/12/2017 by Nicolas Gilson

Si 2017 fut une année marquée par de nombreuses surprises positives, nos poils se sont néanmoins souvent hérissés, nos yeux se sont révulsés et l’envie de déchirer l’écran nous a traversé l’esprit – quand nous ne nous sommes tout simplement pas enfuis ou retrouvés plongés dans un ennui tel que nous comptions les erreurs de raccord. Le meilleur du pire en 10 titres.

1

L’AMANT DOUBLE

Découvert à Cannes où François Ozon retrouvait les honneurs de la Compétition Officielle, L’AMANT DOUBLE a eu le mérite de nous irriter d’entrée de jeu. Le film s’ouvre sur l’objectualisation de la protagoniste avant un raccord douteux que le réalisateur envisage comme un hommage à UN CHIEN ANDALOU de Buñuel. Nous sommes restés interdits devant la psychologie du personnage féminin tandis que le film virait malgré lui vers la série b – qui, assumée, eut été savoureuse. Nous aurions aimé rire, ce ne fut pas le cas. Une seconde vision du film – le masochisme peut être cinématographique – n’a pas été salvatrice.

2

GOING TO BRAZIL / A BRAS OUVERTS / SOUS LE MEME TOIT

La comédie balourde française semble avoir de l’avenir. Difficile de choisir le pire parmi le pire – et ce en sachant que long-métrages s’est épargné de nombreux titres dont la simple affiche fait saigner les yeux. Nous épinglerons néanmoins trois titres : GOING TO BRAZIL – un somnifère qui devient un cas d’école tant il additionne les mauvaises idées et les clichés sans jamais trouver ni rythme ni ligne narrative -, A BRAS OUVERTS – plus affligeant encore que ce que ne laissait présager le pitch et son titre initial -, et SOUS LE MEME TOIT – la comédie sociale dont la crédibilité est au point mort. Un point en commun, et pas le moindre, le jeu affecté des comédiens.

3

JUPITER’S MOON

En 2014, Kornél Mundruczó remportait le prix Un Certain Regard pour WHITE DOG (une aventure canine pour laquelle nous n’avons pas compris l’engouement). En mai dernier il retrouvait les honneurs de la Sélection Officielle de Cannes où il défendait en Compétition JUPITER’S MOON. S’intéressant à la réalité des migrants en Hongrie, il dessine un thriller fantastique ambitieux qui perd néanmoins en vrille après une mirifique séance d’introduction. Son propos s’égare, les personnages sont à ce point abjectes ou crétins qu’aucune empathie n’est possible. Incommensurablement démonstratif, le film vire au cinéma d’action en mode doublage – nous plaçant dans une paradoxe situation d’irritation et de fous-rires.

4

MON ANGE

La fausse bonne idée de l’année est mise en scène par Harry Cleven, écrite par Thomas Gunzig et produite par Jaco Van Dormael.  MON ANGE, c’est l’histoire d’un enfant invisible qui joue à cache-cache avec une fillette aveugle. Mais derrière le mignon de la situation de départ se tisse un récit sans queue ni tête – et sans aucune psychologie féminine – que la mise en scène en caméra subjective rend irregardable.

5

THE PROMISE

Afin de mettre en scène le génocide arménien, Terry George l’envisage sous l’angle d’un trio amoureux tout en glorifiant l’héroïsme américain. Manichéen à souhait, abêtissant et d’un classicisme poussif, THE PROMISE paraît être un petit ouvrage d’histoire pour les nuls rendant hommage – sans y parvenir – à Barbara Cartland. Optant pour la convention d’une langue anglaise riche d’accents caricaturaux ne faisant pas toujours sens, il passe à côté de réels enjeux culturels dont le film voudrait pourtant être le témoignage. Un supplice.

6

SONG TO SONG

Après la présentation de SONG TO SONG, Terrence Mallick a évoqué l’envie de revenir à un cinéma scénarisé. Alléluia ! Dépourvu de scénario, SONG TO SONG est tout à la fois la quintessence d’un travail entamé avec THE THREE OF LIFE et la démonstration des limites d’une approche esthétique masturbatoire et suffisante. Plus prétentieux encore que les personnages qu’il vomit, Malick en intègre le vide et la laideur. Un grand huit interminable dans un vide intersidéral.

7

DALIDA

L’année 2017 s’est ouverte avec l’un des films les plus drôle suis soit : DALIDA. Malheureusement, Lisa Azuelos ne prétendait pas signer une comédie mais un biopic à la gloire de la chanteuse. Pas de chance, elle réifie pleinement celle qu’elle présente comme « une femme moderne » en la racontant uniquement à travers le prisme des hommes de sa vie. Non seulement médiocre, mais franchement pénible.

8

HUMAN FLOW

Présenté en Compétition Officielle à la Mostra, HUMAN FLOW nous a sidéré. La consternation ne venait cependant pas du propos – qualifié à juste titre par Variety de Refugees for Dummies – mais de l’approche. Autocentré, le documentaire s’ouvre sur les remerciements adressés à l’artiste-réalisateur avant de se construire sous l’angle de l’auto-mise en scène de sa démarche de témoignage. Mais au-delà de l’égocentrisme premier, le film étrange dès lors que Ai Weiwei manque d’éthique en continuant notamment à filmer une femme qui lui demande d’arrêter sa caméra – car si les images qui suivent sont fortes (elle se met à pleurer et vomit), elle n’aurait pas du être saisies. Au-delà, comment ne pas se dire qu’il rate sans sujet en n’évoquant pas le fait que son passeport ne lui a pas donné accès à certains territoires (comment peut-il dès lors signer la réalisation des images qui y ont été tournées) ni sa relation avec la Chine – mais bon, il joue avec son passeport avec des gens qui n’en ont pas, c’est tellement plus cinématographique. A Venise, nous sommes restés interdits : Qu’apporte-t-il de neuf ? Qu’apporte-t-il comme perspective ? Que propose-t-il d’un point de vue cinématographique ? Pourquoi se met-il en scène ? Qu’importe l’intérêt du sujet, lorsqu’une démarche altruiste transparaît égocentrée, elle en devient écoeurante.

9

UNA FAMIGLIA

Autre coup de gueule vénitien : UNA FAMIGLIA de Sebastiano Riso. Autant, malgré la présence au casting de Patrick Bruel et de Micaela Ramazzotti, nous avions beaucoup d’espoir pour ce titre tant nous avions été enchanté par le premier long-métrage du réalisateur, MEZZANOTTE, autant nous avons été âprement déçu. Affecté à souhait et écrit au pied de biche, le scénario du film se veut tout à la fois ridicule et abjecte. Nous devons avouer être sortis lorsque le personnage de Patrick Bruel (qui récite son italien, mais s’énerve en français) arrache à la main le stérilet de sa compagne dont il prostitue le ventre (pour faire court). Gratuitement choquant, le film présente, au-delà d’une totale absence de psychologie, une image crasse des homosexuels. On notera l’humour du réalisateur qui passe à la radio du Patrick Bruel…

10

IN THE FADE

Victor Teta (qui a couvert pour nous le Festival de Locarno) a admirablement résumé IN THE FADE : le film de Fatih Akin est aussi léger et savoureux qu’un pudding à la merde. S’il a valu a Diane Kruger le Prix d’interprétation féminine lors du 70 ème festival de Cannes, le film est en effet dépourvu de la moindre finesse. Reposant sur un scénario démonstratif et cousu de fil blanc, IN THE FADE est un film à charge censé questionner la douleur d’une mère et, parallèlement, la Justice et le terrorisme (en partant d’une affaire-clé en Allemagne mettant en scène des néo-nazis). Le réalisateur nous crache à la figure ses clichés comme son propos, trop fier de ses petits effets et de la pleine mise à nu de son actrice pour se rendre compte de la véhémence de son approche.

En bref :

  1. IN THE FADE

  2. UNA FAMIGLIA

  3. HUMAN FLOW

  4. DALIDA

  5. SONG TO SONG

  6. THE PROMISE

  7. MON ANGE

  8. JUPITER’S MOON

  9. GOING TO BRAZIL / A BRAS OUVERTS / SOUS LE MÊME TOIT

  10. L’AMANT DOUBLE

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