Zoom-Arrière : 2017 en 10 Titres (Festivals)

On 24/12/2017 by Nicolas Gilson

Rythmant l’année et attisant notre curiosité, les festivals nous emporte vers des inconnus qui trop souvent le demeurent. Nous avons vogué de Berlin à Venise en passant par Cannes, en entamant l’année par un passage à Genève alors animée par la chaleur du Black Movie, en se risquant à un détour par Locarno (une 70 ème édition sous le regard de Victor Teta) et en goûtant au meilleur des festivals belges.

L’année 2017 fut riche en surprise en offrant la possibilité à Venise de souligner que le plus ancien festival de cinéma est loin d’être moribond – même si la section Orizzonti comportait moins de pépites lors de cette 74 ème édition. Berlin créa la surprise avec le sacre de ON BODY AND SOUL de Ildiko Enyedi – une fabuleuse surprise – tandis que Cannes s’impose incontestablement comme le pourvoyeur de films marquants avec THE SQUARE de Ruben östlund, THE KILLING OF A SACRED DEER de Yorgos Lanthimos, 120 BATTEMENTS PAR MINUTES de Robin Campillo ou encore LOVELESS d’Andreï Zvyagintsev en compétition Officielle. La Compétition Un Certain Regard a sans doute été l’un des plus grands crus de ces dernières années avec BARBARA de Mathieu Amalric, L’ATELIER de Laurent Cantet, LAS HIJAS DE ABRIL de Michel Franco, BEFORE WE VANISH de Kiyoshi Kurosawa ou encore LA BELLE ET LA MEUTE de Kaouther Ben Hania, tandis que hors-compétition les documentaires VISAGES VILLAGES ou CARRE 35 ont ravi les coeurs.

Afin de ne pas croiser les classements des meilleurs titres de l’année, les films sortis en salles en Belgique au cours de l’année ne sont pas pris en compte pour ce TOP 10 des long-métrages découverts en festivals. 

1

LES GARCONS SAUVAGES / OCCIDENTAL

Qui prétend que le cinéma français est moribond ? Certes oui sommes envahis de productions commerciales dénuées d’intérêt, bassement mercantiles, qui jouent le jeu de la télévision à l’heure où Canal + ne joue plus celui du cinéma (prenez garde à ce qui vous sera livrer si le modèle de production ne se réinvente pas en France), mais des titres « marginaux » se veulent fascinants. Il faut donc aller jeter un regard curieux dans les sections parallèle comme La Semaine de la Critique vénitienne où LES GARCONS SAUVAGES de Bertrand Mandico s’est résolument imposé comme le film le plus que de l’année ou le Forum de la Berlinale où OCCIDENTAL de Neïl Beloufa met habilement à mal la notion de représentation. Les deux réalisateurs ont en commun de créer un langage cinématographique propre à travers une forme singulière d’expérimentation.

2

LOS DECENTES / UNDER THE TREE

Repéré à Rotterdam avant de trouver la route du Pink Screens, LOS DECENTES de Lukas Valenta Rinner est sans conteste l’une des perles de l’année. Fort d’une tonalité aigre-douce et d’une mise en scène à la précision chirurgicale, le film dresse un portrait sans concession des sociétés où se creuse de plus en plus l’écart entre une classe dominante et ceux qu’elle asservit. Mais loin de se contenter de dresser un amer constat, il nous invite à la révolution… auprès de naturistes connectés à leur sexualité ! Autre pépite explosive : UNDER THE THREE de Hafsteinn Gunnar Sigurdsson. Bonbon acidulé découvert à Venise (Orizzonti). Méfiez-vous de vos voisins !

2

CARRE 35

D’une rare pudeur, CARRE 35 est la sensationnelle quête pour une vérité menée par Eric Caravaca. Présenté en sélection Officielle hors compétition à Cannes, le documentaire se construit autour de la découverte d’une enfant sans visage disparue peu après sa naissance et dont les parents ont tu l’existence. Questionnant la mort de la soeur qu’il n’a jamais connu le réalisateur signe une ode à la vie. Au-delà, mettant en perspective le contexte de décolonisation, Eric Caravaca interroge la notion d’identité au regard d’une mère dont le prénom n’a eu de cesse de se moduler.

1

LEAN ON PETE / THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI

Malgré quelques titres désespérants, la Mostra de Venise s’est imposée comme incontournable. Talonné par Toronto, le Festival parvient à proposer en première mondiale les titres que les producteurs US lancent dans la courses aux Oscars. Si la tentative s’avoue avortée pour LEAN ON PETE de Andrew Haigh dont la sensibilité est pourtant magique (un très mérité prix Mastroianni pour Charlie Plummer), elle est réussie pour THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI qui se place comme le grand favori. Deux coups de coeur.

5

FOXTROT

S’il nous est nécessaire d’avouer être restés dans un premier temps dubitatifs face à FOXTROT de Samuel Maoz, après une nuit de sommeil nous y trouvâmes l’un des très grands films de l’année. Fable saisissante sur l’absurdité et le paradoxe de la militarisation à tout va d’Israël, FOXTROT est une habile métaphore. On soulignera la majestuosité d’une scène de danse – peut-être la plus fascinante séquence de 2017.

6

JOAQUIM

Le cinéma brésilien a le vent en poupe. Présenté en compétition officielle à la Berlinale JOAQUIM se veut renversant. Néanmoins reparti bredouille et boudé par une partie de la presse, le film de Marcelo Gomes nous fait voyagé au 18ème siècle à la rencontre de Joaquim, un héros révolutionnaire qui sera condamné à mort et écartelé en 1792 avant d’être exhibé à travers tout le pays – pour tuer toute forme de contestation du/des pouvoir/s. Le réalisateur impressionne son quotidien, autant qu’il le fantasme, afin de mettre en lumière son engagement politique et l’éveil de son rêve d’une société égalitaire ou, du moins, indépendante. Portant le choix d’une approche résolument réaliste, Marcelo Gomes transcende un sujet âprement contemporain. Entre racisme, corruption, profit et mise à mal de la notion loyauté, nous sommes confrontés aux affres de la colonisation brésilienne dont les cicatrices sont toujours vives – si pas vivaces. Un bouleversant périple à travers le temps et l’espace.

7

MEKTOUB MY LOVE – Canto Uno

Les mauvaises langues en parlent comme un film de cul – au sens le plus littéral du terme, mais MEKTOUB MY LOVE est un étourdissant film sur la vie et sur l’insouciance d’un âge où tout est encore possible. Un voyage dans le temps vers l’aube de l’âge adulte, les premières pulsions et les premières passions. Venise s’est risqué à l’aveugle à la programmation du film d’Abdellatif Kechiche dont le montage s’est fini presqu’à la veille de sa présentation (avant d’être légèrement retravaillé pour la version salle), nous ne pouvons que remercier les programmateurs tant le film fut une lumineuse parenthèse.

8

LAS HIJAS DE ABRIL

Après une parenthèse américaine (CHRONIC 2015), Michel Franco retrouve les banlieues mexicaines sans rien perdre de la radicalité de son cinéma ni de ses sujets. Après l’euthanasie et le harcèlement, il questionne le refus du vieillissement qu’il croise avec un maladif rapport mère/fille. Pousse-t-il à son paroxysme la toxicité d’une relation entre une mère et ses filles qu’il nous fond au ressenti d’une femme dont l’aveuglement nous foudroie. Ne tenant d’un bout à l’autre en haleine, le réalisateur mexicain signe un film à dessein a-moral dont la fin se veut néanmoins heureuse. Scotchant. Sans surprise un nouveau prix Au Certain Regard pour le réalisateur.

9

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES

Le duo Cattet / Forzani a encore frappé. Cette fois, il ont investi la Piazza Grande et ont étourdi près de 5.000 spectateurs en les plongeant au coeur d’un échange de tirs. Un « film de siège » étourdissant qui s’avère être pour les réalisateurs un véritable terrain de jeu. Thriller hypnotique et ludique, LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES nous immerge inexorablement au coeur de l’onirisme où l’érotisme et le morbide s’unissent. Un véritable feu d’artifice.

10

HANNAH

Témoignant d’une totale maîtrise esthétique, Andrea Pallaoro propose avec HANNAH le portrait d’une femme en pleine bascule. Hypnotique et glaçant, le film offre à Charlotte Rampling un rôle d’une rare intensité qui lui a valu la Coupe Volpi de la meilleure actrice à Venise. Déchirant.

En bref :

  1. HANNAH

  2. LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES

  3. LAS HIJAS DE ABRIL

  4. MEKTOUB, MY LOVE – CANTO UNO

  5. JOAQUIM

  6. FOXTROT

  7. LEAN ON PETE / THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING, MISSOURI

  8. CARRE 35

  9. LOS DECENTES / UNDER THE THREE

  10. LES GARCONS SAUVAGES / OCCIDENTAL

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