Critique : Yves Saint Laurent, L’Amour Fou

On 21/09/2010 by Nicolas Gilson

S’ouvrant sur un extrait de la conférence de presse où Yves Saint Laurent déclarait, le 7 janvier 2002, prendre la décision de mettre fin à sa carrière, L’AMOUR FOU confronte le spectateur à une hypothèse de mythe. Yves Saint Laurent est majestueusement sacralisé par Pierre Thoretton : celui-ci opte pour un rendu en noir et blanc de ces récentes archives auquel il adjoint un effet de flash récurrents et de zoom hypnotisant. Qu’il s’agisse d’un travail sur la matière ou d’une manipulation certaine, le réalisateur pose un cadre honorifique, majestueux quasi sublimant.

Ensuite, émergent la musique et les couleurs qui composent un générique animé empreint des thématiques qui ont parsemé l’univers du créateur. Une musique qui s’imposera comme un leitmotiv. Des « images » qui trouveront leur signification … Toutefois, d’emblée nous sommes dans l’ordre de la contemplation. A travers celle-ci, et le destin croisé de deux hommes – Yves Saint Laurent et Pierre Berger – Pierre Thoretton nous convie à un voyage à travers l’Histoire, la culture, la mode et les arts. Un étrange voyage, empli d’ellipses et de silences. Un voyage sinueux et lancinant, au cœur d’une intimé ni dévoilée, ni révélée.

Le premier trouble, qui conduit à un indépassable manque de rythme, tient au manque de clarté de l’approche scénaristique. Celle-ci semble se composer selon un mouvement de vagues, par touches successives qui se complètent et se font écho. Mais à force de sinuosité, l’ensemble épuise car jamais il ne nous est donné de rencontrer, in fine, ni Yves Saint Laurent, ni Pierre Berger, ni leur amour – l’un pour l’autre et pour les arts – qui semble pourtant être le sujet du film. A force de pudeur et de fascination, une étrange distanciation « sublime » guide le regard du réalisateur : Thoretton passe à côté d’un sujet plus que passionnant. Tout est évasif, vaporeux. Certes nous découvrons kyrielle de choses, mais nous restons en surface. Au-delà les informations sont diffuses voire diluées, si bien que tout semble anecdotique. Au point que Pierre Berger semble diriger le regard du réalisateur, lui imposer non une distance mais une barrière infranchissable.

A force de refuser de tendre à l’information, Thoretton s’égare, nous égare. L’exemple, paradoxal, de la vente de la collection, composée par le couple tout au long de leur vie commune, en est paradigmatique : celle-ci constitue l’enjeu-même de la possible mise à nu de Pierre Berger – une mise à nu à laquelle le réalisateur n’aboutit pas. La décision de la vente est évoquée mais, alors qu’il envisage l’engagement de Berger dans la lutte pour la recherche contre le VIH, jamais le réalisateur ne dit que la finalité de la vente est de financer cette recherche. Thoretton semble en fait tourner en rond, de jolis ronds où la qualité et la pertinence des archives sont délectables. Mais il engendre un mouvement hypnotique au sein duquel nous nous égarons irrémédiablement.

YVES SAINT LAURENT, L’AMOUR FOU

Réalisation : Pierre THORETTON
France – 2010 – 120 min
Distribution : ABC Distribution
Documentaire
EA

Yves Saint-Laurent, l'amour fou

2 Responses to “Critique : Yves Saint Laurent, L’Amour Fou”

  • « (…) jamais le réalisateur ne dit que la finalité de la vente est de financer cette recherche » (contre le VIH)

    Si. Il apparait clairement dans le film que la recette de la vente servira à financer la recherche contre le VIH.
    Revoyez-le…

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