Xavier Dolan : Entrevue

On 06/10/2010 by Nicolas Gilson

Rencontre avec Xavier Dolan venu présenter son film LES AMOURS IMAGINAIRES au 25ème Festival International du Film Francophone de Namur.

Dans les coulisses du festival, on jase de votre changement de lunettes.

Ah, oui. Par rapport à mes lunettes ? Et c’est positif ou négatif ?

Il y a juste un signalement de changement … Vous passez d’une monture noire à une monture claire.

Je suis passé de l’ombre à la lumière (rires)

Comme il y a une importance certaine de l’objectuel dans vos films. On peut envisager une expression par les couleurs …

Oui. Oui, bien sûr … Les personnage sont définis, un peu,  par des couleurs. Mais il n’y a pas trop de codes comme ça, chromatiques et de trucs un peu lourds, un peu symboliques.

Il y a tout de même des changements chromatiques manifestes dans plusieurs séquences d’intimité.

Il y a des symboles mais ils ne sont pas si nombreux. Par exemple, le bleu, le rouge, le jaune sont les couleurs primaires. Et ca démontre justement le caractère élémentaire de ces rencontres-là avec des amants ponctuels.

Il y a une désacralisation de la sexualité …

Oui, la désacralisation de la sexualité, de façon circonstancielle, dans le film, est amicale. Il y a une tendresse. Il y a une sensualité. Ce sont des scènes de sensualité en fait, ce ne sont pas des scènes de sexe. On aborde surtout la façon dont la sexualité n’est pas explorée. L’objet du désir ne se commet pas.

L’amour n’existe-t-il, dans le film, qu’à travers l’amitié ?

Vous pouvez le voir comme ça. Effectivement l’amitié est la seule chose qui survit dans le film. Mais c’est un film aussi sur la façon dont on est amoureux de l’amour, plus que d’un individu.

C’est la projection amoureuse en fait.

C’est la cristalisation.

L’amitié est-elle une chose importante ?

Oui l’amitié est importante pour moi dans la vie.

Vous avez peur du sentiment amoureux ?

Quelque part  … Mais vous savez, « Chat échaudé craint l’eau froide ».

Est-ce que vous mettez beaucoup de vous dans le récit du film, ou s’agit-il plutôt de projection ?

Non, non. Je mets beaucoup de moi dans le récit. Dans le premier, dans le deuxième film : il y a énormément de qui je suis.

Après l’amour-maternel, l’amour-amical et la fascination …

Si on veut. « J’ai tué ma mère » peut être un film sur l’amour-adolescent ; « Les amours imaginaires » est plutôt un film sur l’amour-jeune.

Comment abordez-vous l’écriture ?

Ca dépend. Je ne peux pas la forcer en tous cas. Il doit y avoir une inspiration. Si on la force ça donne des mauvaises choses.

La succession de témoignages en face-caméra, dans le film, engendre un autre ordre de réalité.

Pour moi les faces-caméra ça donnait une dimension plus sociale au film. Avoir des gens, des amoureux lambdas, qui viennent se confier dans le film ça donne une dimension, une perspective un peu plus enrichie. On sort d’une sorte de huit-clos avec deux personnages obsessifs, compulsifs. Tout à coup on a accès à un autre point de vue. On part de l’intimité et puis on va vers quelque chose de plus social. A travers le prisme de la société, on donne au film des allures plus universelles. Pour démontrer que le problème dont on parle est loin d’être propre à seulement deux individus.

Le personnage de Marie répond à une logique d’objectualisation…

Elle a une personnalité très précise aussi par contre.

Justement, il y a une forme d’objectualisation, sans pour autant que Marie ne soit jamais posée en objet. On a une sorte d’archétype féminin au sein duquel elle n’est pas enfermée.

C’est n’est pas un archétype de la femme, c’est une personne très en contrôle de sa personnalité, très névrosée. C’est une personnalité qui est définie avec énormément de précision. Je ne la verrais pas comme un archétype de la femme, non. Pour moi c’est loin d’être consensuel en tout cas comme personnage. Elle est … femme. Effectivement elle est définie par objets, maquillage, coiffure, tout ça ; qu’elle emprunte ailleurs afin de pouvoir être quelqu’un d’autre ; afin de plaire à l’objet du désir.

C’est également le cas de Francis. Cette minutie du détail.

Oui il y a un soin qui est apporté aux détails mais les personnages ne sont pas uniquement définis par leurs costumes. Vous avez une personnalité au-delà de votre veste. On est peut-être moins d’accord sur ce point-là.

La figure féminine semble très importante pour vous.

Elle est très importante. Je pense qu’elle le sera toujours. J’ai grandi avec ma mère. J’ai grandi avec des femmes.

Vous avez des complicités uniquement avec des femmes ou plutôt avec des femmes ?

Plutôt avec des femmes. Mais pas uniquement.

La musique de votre film est très variée. Comment avez-vous découvert cet univers musical ?

Monia (Monia Chokri qui interprète Marie dans le film) m’a suggéré énormément de morceaux, qu’on écoutait ensemble. Et puis, pour moi, il y avait une chose qui était claire : je ne voulais pas d’instrumental. Je voulais avoir une trame sonore composée de morceaux issus de plusieurs époques afin d’avoir quelque chose d’éclectique, au niveau du temps, au niveaux des genres, pour montrer qu’il y a une universalité, une intemporalité, une diversité. D’ailleurs c’est comme ça pour les costumes, pour les références littéraires et pour les références plastiques. Toutes les époques s’entrechoquent.

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