Critique : Woman In Gold

On 14/07/2015 by Nicolas Gilson

Après avoir fantasmé le quotidien de Marilyn Monroe, Simon Curtis s’intéresse à l’histoire de Maria Altmann dont il met en scène le combat pour récupérer le portrait de sa tante peint par Klimt. Emporté par la prestation de Hellen Mirren, WOMAN IN GOLD croise plusieurs lignes temporelles, esquissant le tableau d’une quête de justice dont l’objet se révèle immatériel : le devoir de mémoire.

People forget you see, especially the young

A la mort de sa soeur, Maria Altmann découvre des documents qui l’intriguent. Elle demande à un jeune avocat – le fils d’une amie – de les étudier afin de voir s’il n’est pas possible de récupérer des oeuvres spoliées à sa famille lors de l’invasion nazie en Autriche. Alors que le pays s’ouvre à une politique de restitution, il ne semble pas prêt à rendre l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt…

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De confession juive, Maria salue la mémoire de sa soeur en nourrissant son discours d’un trait d’humour, premier gage de sa force de caractère. Après tout, n’ont-elles jamais été aussi proches maintenant qu’elle a emménagé chez elle ? Les cartons, témoins d’une vie et d’un exil, qui investissent son bungalow ravivent ses souvenirs. Trônant jadis dans leur salon, le portrait de leur tante, symbole d’un passé happé, tient en une photographie. Quelques preuves de la propriété du tableau attise chez Maria l’espoir de retrouver sa tante et, peut-être, l’insouciance d’avant l’avènement du nazisme.

Imposant à celui qu’elle a connu bambin un exercice qu’elle imagine moins complexe qu’il ne l’est effectivement, la septuagénaire entame un combat douloureux. Fraichement engagé dans un cabinet d’avocats, Randy Schoenberg consent à la rencontrer pour faire plaisir à sa mère avant de songer à se faire une renommée… Une démarche qui changera de sens, radicalement, alors que, face au dédain des autorités autrichiennes, dans une ville encore habitée par ses fantômes, il prend conscience d’un passé qui est aussi le sien. Au-delà de la restitution du tableau en tant que telle, il est alors habité par un désir de justice et rejoins Maria dans son combat pour un devoir de mémoire.

La trame scénaristique se tissent au travers de la mise en scène de trois époques – trois périodes de la vie de Maria. Le présent relatif (1998 et les mois succédant) se nourrit alors de l’enfance de la protagoniste placée sous le joug du paradigme familial et de son passage à l’âge adulte alors que le nazisme est en plein essor. L’affaire proprement dite se construit comme un thriller, dont le suspens est renforcé par l’évocation entrant en dialogue avec le ressenti de Maria – tantôt combative tantôt épuisée par des recours qui n’ont d’autre intérêt que de retarder le jugement proprement dit.

WOMAN IN GOLD

Simon Curtis développe le scénario selon les points de vue de ses deux protagonistes. Il parvient ainsi non seulement à exacerber (avec retenue) l’émoi de Maria, contrainte notamment à un voyage en Europe, mais aussi à envisager celui de Randy, dont le grand-père a du, lui aussi, fuir l’Autriche. Il dépeint les grands mouvements d’une affaire qui, au-delà des enjeux humains, contraignit le pays à faire face à son passé.

Faisant confiance à la force du sujet, Simon Curtis l’appréhende avec une simplicité judicieuse et une certaine artificialité qui n’est que plus efficace.Le présent relatif, aux couleurs réalistes, est rythmé par une succession de confrontations et d’hésitations, et est nourri par de nombreux détails laissant apparaître la personnalité de Maria – une veuve sans enfant qui de révèle être une vraie mère juive vis-à-vis de son avocat. L’enfance aux accents de sépia apparaît de plus artificielle, un caractère affecté qui se retrouve, malgré la qualité d’interprétation, dans les séquences de la jeunesse de la protagoniste. Une distanciation qui fait sens dans la mesure où Maria observe son propre passé.

Le casting international permet au réalisateur un jeu sur les langues qui participent à l’identitaire de ses protagonistes mais aussi à leur évolution. L’enfance et la jeunesse de Maria se déroulent naturellement en allemand à l’exception des scènes où l’anglais revêt un rôle nécessaire. Le présent relatif entremêle les deux langues en suivant néanmoins la volonté de Maria qui a, un jour, décidé de parler anglais… Si Hellen Mirren est sans conteste l’atout du film, Ryan Reynolds campe en nuances le personnage de Randy Schoenberg tandis que les prestations en allemand de Tatiana Maslany (Maria jeune) et Max Irons, bien que légèrement affectées, sont étourdissantes.

woman in gold - la femme au tableau - posterWOMAN IN GOLD
La Femme au tableau
♥♥
Réalisation : Simon Curtis
USA – 2015 – 109 min
Distribution : eOne
Drame historique / Suspens

Henry Goodman and Tatiana Maslany in the film ÒWoman in Gold.Ó Woman in gold Max Irons Tatiana Maslany woman-in-gold-hellen-mirren

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