Critique : Wolke 9 (7ème Ciel)

On 19/11/2008 by Nicolas Gilson

Inge a un amant plus âgé qu’elle avec qui elle vit une passion à la fois amoureuse et sexuelle. Elle doit faire face à cette situation neuve. D’autant plus qu’à plus de soixante ans et après trente ans de mariage les questionnements sont pluriels…

ENTRE TENSION ET DESIR

C’est avec une pudeur extrême que le réalisateur de WOLKE 9 (Septième Ciel) nous confronte à une thématique à la fois riche et complexe. Afin d’appréhender le sujet de la sexualité et du désir chez les personnes âgées Andreas Dresen n’hésite pas à nous livrer frontalement la mise à nu des corps et des gestes.

Selon une double logique du gros plan, voire du très gros plan, et du plan large il crée un réel langage. Deux mouvements opposés qui n’ont de cesse de se compléter. Nous sommes ainsi au plus proche des rapports intimes que les différents protagonistes échangent. Une intimité plurielle : celle du quotidien et de sa simplicité, celle d’une relation plus amoureuse qu’adultère, celle aussi de la vieillesse.

Le scénario est fort et sans concession. Il nous dépeint le récit d’une femme dont le quotidien bascule et qui se retrouve déchirée par un sentiment pluriel d’abandon et d’attachement. Cette femme ordinaire est animée par une sauvage passion à laquelle elle doit faire face mais grâce à laquelle, aussi, elle se découvre, se redécouvre. S’agit-il d’un étrange envoûtement? Se peut-il qu’à son âge, leur âge un tel élan les anime… L’intérêt de cette trame narrative est aussi de découvrir l’étrange basculement que cette situation engendre. À qui se confier, comment réagir.

La mise en scène est sobre et efficace. Par le recours au langage mis en place, elle engendre un sentiment de captation du réel. Le désir et la tension sont palpables autant que pluriels. Les corps nous sont proprement révélés. Non seulement dans une intimité sexuelle à la fois directe et pudique, mais aussi dans une rythmique simple et banale des gestes ordinaires.

Le réalisateur parvient à révéler les éléments clefs au travers de la construction visuelle. C’est au sein même des plans que sont ainsi révélées les interrogations qui deviennent existentielles divisant les personnages. Les dialogues ne servent jamais de refuge facile. La fixité permet l’établissement de l’intimité vécue et éprouvée.

Une séquence se veut ainsi exemplative : face à un miroir, le personnage de Inge est nue, elle regarde et parcourt son corps vieilli et usé. Un principe éculé qui fonctionne pourtant comme rarement. Les gestes et le regard en disent long. L’intimité est appuyée par un silence lui même sans concession.

Sans doute rien de cela ne serait possible sans la force de jeu dont témoignent les différents acteurs. Au-delà de donner vie à leurs personnages il leur insufflent une sincérité touchante. Leur mise à nu est totale. Ils semblent se livrer de manière directe sans la moindre retenue. WOLKE 9 est un film émouvant qui aborde avec une rare efficacité un sujet à la fois intrigant et captivant. Une expérience en soi.

SEPTIÈME CIEL
WOLKE 9
♥♥♥
Réalisation : Andreas DRESEN
Allemagne – 2008 – 98 min
Distribution : Coopérative Nouveau Cinéma
Drame

Septième Ciel - Poster

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