White Material

On 05/05/2010 by Nicolas Gilson

Avec WHITE MATERIAL Claire Denis porte un regard désolé sur l’Afrique post-coloniale. Sans porter le moindre jugement elle esquisse le constat terrible d’une situation amère, celle, entre autres, de la dictature de la manipulation et des enfants-soldats. Celle aussi de la perte de repères voire d’identité tant des occidentaux établis en Afrique que des autochtones, quels qu’ils soient. Le regard de la réalisatrice tend à une photographie d’une situation à la fois singulière – les gestes, les interactions entre les différents protagonistes importent intensément – et universelle – jamais un lieu précis n’est établi, si bien que l’écho de la situation ne peut que s’intensifier. Chroniques d’une désillusion ou d’un combat vain face à l’incompréhension.

A nouveau la réalisatrice confronte le spectateur à un cinéma des sensations. S’il est indéniable que les choix esthétiques assimilent le ressenti du spectateur à celui des protagonistes du film – Maria (Isabelle Huppert) en tête, la composition musicale de Tindersticks renforce cela tout en permettant d’établir une logique de sens propre. Trois lignes ne cessent en fait de se compléter : une écriture ouverte sur une situation fermée, un cadrage privilégiant l’intimité combiné à un montage organique et une hypothèse musicale poétique qui assoit l’idée de désolation.

Le scénario envisage la rencontre de Maria, établie en Afrique et ne concevant pas de repartir vivre en France, avec l’émergence d’une guerre civile. A travers son regard la radicalité de celle-ci se combine à la folle absurdité des rapports humains. Tout semble basculer, avoir basculé, en un instant. Cependant Maria refuse d’accepter cette situation. Celle-ci est envisager selon deux principaux point de vue : celui de Maria elle-même qui parcourt le souvenir encore frais d’atteinte du « non retour » – le trajet est à la fois mental et physique, et celui d’un grand imagier – la réalisatrice – qui appréhende le devenir de l’Afrique où les allochtones ne semblent plus avoir leur place et où les autochtones ne trouvent pas la leur. En assimilant le spectateur à l’esprit de Maria, Claire Denis l’enferme au sein d’un ressenti particulier tout en lui offrant l’opportunité de la contamination sensationnelle. Le désarroi qui bouleverse la protagoniste n’est jamais spectaculaire, démonstratif ou hystérique : il se veut juste.

WHITE MATERIAL met en scène l’amour d’une femme pour la terre, sa terre, son fils et sa vie. Le film est une déclaration d’amour à l’Afrique – un amour certes entaché et endeuillé mais un amour sensible, intrinsèque voir identitaire. Cet amour qui se retrouve, au-delà des regards-croisés de Maria et de la réalisatrice, dans la composition musicale.

WHITE MATERIAL
***
Réalisation : Claire DENIS
France – 2008 – 102 min
Distribution : Imagine
Drame

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>