Critique : White Bird in a Blizzard

On 08/11/2014 by Nicolas Gilson

Vendu comme le premier film hétérosexuel de Gregg Araki, WHITE BIRD IN A BLIZZARD n’en est pas moins queer. Mettant en scène la quête identitaire d’une jeune fille dont la mère a soudainement disparu alors qu’elle avait 17 ans, le réalisateur questionne le rapport mère-fille mais aussi la place de la femme dans la famille et in extenso dans la société. L’esthétique léchée flirte avec le kitsch tandis que des touches d’onirisme entremêlent les notions de fantasme et de souvenir. Sensible et sarcastique.

Et comme ça, en un clin d’oeil, ma virginité a disparu, juste comme ma mère.

Construit de digression en digression, le film épouse le regard et les questionnements de sa protagoniste principale, Kat Connors (Shailene Woodley) qui entre dans la vie adulte avec pour mère le souvenir d’une femme flamboyante et diabolique, Eve (Eva Green). La dynamique scénaristique et le ton insufflé d’entrée de jeu par Gregg Araki nous fondent au ressenti et à l’émoi de Kat non sans humour avec une certaine distanciation.

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L’évocation est le premier moteur du film. Si l’adresse semble directe, elle se dessine rapidement comme étant guidée – et ponctuée – par les rencontres entre Kat et sa psy. Aux rêves et aux fantasmes d’une jeune fille en quête d’elle-même répondent ses souvenirs exagérés par son regard d’enfant ou revisités par celui de l’adulte qu’elle devient. Eve se module ainsi peu à peu, tout comme sa relation avec le père de Kat ou, simplement, avec la vie. Et l’image de la gentille femme au foyer idéalisée par l’imaginaire des années 1950/1960 en prend un coup (de bouteille) !

Plus encore, la dynamique générale évolue parallèlement à l’évolution de Kat et Gregg Araki nous plonge lentement mais surement dans un thriller aussi passionnant que drôle tant il jour grossièrement avec notre attention. Après tout, ne pose-t-il pas d’entrée de jeu la question de l’évaporation d’Eve ?

Tout au long du développement narratif, la sexualité de Kat est un élément central sur lequel Gregg Araki concentre son attention – et de facto la nôtre. Devenant le gage de l’émancipation physique et psychologique de Kat, elle est aussi la clé de la résolution de l’énigme… Joli tour de force du réalisateur qui érotise à outrance certains protagonistes masculins.

Prenant place à l’aube des années 1990, le film en intègre la culture et le décorum, accentuant un caractère suranné des plus délectable. Gregg Araki colore proprement son approche esthétique à la fois visuellement et musicalement. La lumière marque tantôt l’époque, tantôt le degré de (non)réalisme tandis que la musique est un des témoins de l’évolution et de la personnalité de Kat tout en étant une charge atmosphérique à dessein enrobante et brumeuse. Servi d’un casting savoureux, le film se déguste avec gourmandise.

White Bird in a Blizzard

WHITE BIRD IN A BLIZZARD
♥♥
Réalisation : Gregg Araki
USA – 2013 – 91 min
Distribution : Lumière
Triller / Drame

Film Fest Gent 2104 – Séance Spéciale

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