Critique : When Animals Dream

On 18/02/2015 by Nicolas Gilson

Fort de construire une atmosphère inquiétante des plus réaliste, Jonas Alexander Arnby propose un film de loup-garous aussi étonnant que sensible. Portrait d’une jeune femme s’éveillant à elle-même, WHEN ANIMALS DREAM est en bien des points une critique acerbe de la société où le véritable loup n’est pas celui que l’on pense.

Dans un petit village côtier danois, Marie est engagée dans l’entreprise locale qui nettoie le poisson avant sa commercialisation. A une première journée hasardeuse, où elle subit un bizutage, en succèdent d’autres qui ancrent une réelle dynamique de harcèlement à son encontre. Marie, qui vit chez ses parents, ne comprend pas ce qui lui arrive. Perdue entre une mère qui végète dans un fauteuil roulant et un père qui se fait de plus en plus secret, la jeune fille se découvre peu à peu différente…

when animals dream - medecin

D’entrée de jeu, Jonas Alexander Arnby met en place un climat, visuel et sonore, qu’il n’aura cesse de travailler. Quelques plans suffisent à attiser notre attention et à nous plonger dans un univers somme toute inquiétant. La nature devient un théâtre des sensations où se confrontent le visible et l’invisible.

Nous découvrons Marie alors qu’elle se rend chez le médecin. Il analyse son corps, sans raison apparente, et déjà celui-ci revêt une intrigante importance. Pourtant l’échange n’a rien que de banal. Le quotidien de la protagoniste s’inscrit bientôt dans un plein réalisme. Nous épousons bientôt ses gestes, pénétrons l’intimité de sa famille à ses côtés et nous fondons au rythme de son nouveau travail avec elle. Nous partageons bientôt ses émotions et ses angoisses, notre regard épousant le sien – notamment lorsqu’elle observe son père au comportement inquiétant. Plus encore, la complicité mise en place dépasse le réalisme premier lorsque nous percevons les rêves de Marie…

when animals dream - pilosité

C’est fondu à son ressenti que nous percevons avec elle les changements qui se dessinent sur son corps et qui font écho aux sentiments qui la bouleversent. Un corps magnifié par le réalisateur qui devient le berceau d’un ébranlement pluriel à la fois surréel et métaphorique – la jeune fille devenant femme.

Basculant irrémédiablement vers le fantastique, le scénario met en scène une réelle problématique de société – le harcèlement et le rejet des marginaux – combinée à la rencontre d’une jeune femme avec elle-même, s’appropriant son corps et sa sexualité. La transformation de Marie questionne de nombreuses normes tant elle intègre des éléments d’ordinaire réservés aux hommes à l’instar de la pilosité… Un éveil à soi, au-delà du jugement des autres, vécu avec superbe par Sonia Sulh qui offre sa peau à Marie.

Si le réalisateur peine à offrir au film un rythme idéal, il nous emporte au coeur d’un récit sensible en aiguisant avec acuité nos sens. Un premier film astucieux et pertinent qui renouvelle le genre.

when animals dream afficheWHEN ANIMALS DREAM
Når dyrene drømmer
♥(♥)
Réalisation : Jonas Alexander Arnby
Danemark – 2014 – 84 min
Distribution : Remain in Light
Mystère initiatique

Cannes 2014 – Semaine de la Critique
Film Fest Gent 2014 – Fear

WHEN ANIMALS DREAM by Jonas Alexander Arnby – TRAILER NL/FR from Remain In Light on Vimeo.

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