Critique : What We Do in the Shadows

On 02/02/2015 by Nicolas Gilson

Les vampires ont décidément la cote : déclinés en sagas littéraires et télévisuelles, ils investissent régulièrement le cinéma et se révèlent souvent l’illustration d’une production platement mercantile. Surfant sur cette vague tout en la tournant en dérision, Jermaine Clement et Taiki Waititi signent un documenteur désopilant dans lequel ils envisagent le quotidien de ces immortels aujourd’hui en Nouvelle-Zélande. Inventif, absurde et intelligent, WHAT WE DO IN THE SHADOWS est une pépite.

what we do in the shadows - clement waititi

Viago (Taiki Waititi), Vladislav (Jermaine Clement), Deagon et Petyr vivent en colocation. Ils ont consenti à être filmés par une équipe de reportage qui projette de les suivre durant les quelques mois qui précèdent « la mascarade des impies » dont Vladislav espère secrètement être l’invité d’honneur. D’entrée de jeu, les réalisateurs singent habilement le procédé documentaire sur lequel repose leur approche. En effet, en ouvrant le film sur la mise en scène du réveil de Viago, ils se moquent subtilement de l’artificialité dont peut témoigner le cinéma « vérité ». Et si ses gestes semblent orchestrés, il se fait déjà le complice de la caméra.

Le premier axe narratif répond de la pure logique documentaire. Il s’agit de découvrir les colocataires dans la routine de leur quotidien avec notamment une discussion hilarante sur la répartition des tâches ménagères. Une ligne d’approche entrecoupée d’une dynamique de portraits présentant chacun des protagonistes. Êtres sanguinaires, les vampires doivent se nourrir. S’inscrit alors le deuxième axe narratif qui permet de découvrir les rituels liés aux repas – des poules aux pucelles, avec ou sans papier-journal. Proprement sarcastiques à l’égard des documentaristes qui ne semblent se poser aucune question morale ou éthique, Clement et Waititi opèrent alors un basculement. Petyr, âgé de 8.000 ans, décide en effet de transformer l’une des proies en vampire. Le (faux) documentaire trouve ainsi un nouvel axe : tandis que les colocataires doivent éduquer un hipster fougueux, il découvrent à ses côtés les us et coutumes d’une société dont ils n’ont pas les codes.

Les réalisateurs jouent sur plusieurs niveaux et encore – si pas plus – de degrés. Ils composent un film brillant qui jouent avec les codes (variés) du documentaires et de l’identitaires des vampires, tout en croquant avec sarcasme un véritable portrait de société. Les sketches se suivent et se répondent avec fluidité. La mise en scène évite bien des écueils tout en en exacerbant à dessein d’autres – notamment les scènes en face caméra. Aussi les quelques séquences ampoulées n’en sont que plus savoureuses. Le rythme du film est enfin le gage de la maîtrise de Clement et Waititi qui ne cessent de faire rebondir l’intrigue dans une absurde cohérence. Délectable.

what we do in the shadows - affiche : poster

WHAT WE DO IN THE SHADOWS
♥♥♥(♥)
Réalisation : Jemaine Clement & Taika Waititi
Nouvelle-Zélande – 2014 – 86 min
Distribution : Remain In Light
Comédie / documenteur

Berlin 2014 – Generation 14plus

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