Critique : Welcome Home

On 10/01/2016 by Nicolas Gilson

Emporté par les interprétations d’Arthur Buyssens et de Martin Nissen, WELCOME HOME met en scène deux adolescents en quête d’eux-même à travers l’intimité des autres. Philippe de Pierpont propose un road-movie dont la singularité repose sur le caractère magnétique de l’espace que les personnages ne parviennent pas à quitter. Conte métaphorique.

Bert (Arthur Buyssens) et Lucas (Martin Nissen) ne sont pas épanouis dans un quotidien qui se résume, pour l’un, à être harcelé par son père et, pour l’autre, à jalouser la naissance d’un mioche qui lui vole sa place. Ils décident de partir. Les deux adolescents pénètrent alors des maisons abandonnées afin d’y trouver de l’aplomb et d’y chercher quelque harmonie.

Welcome Home - Martin Nissen - Elodie Liénard

Si l’ouverture du film se dessine comme sublime, la mise en place des personnages et des enjeux narratifs est désolante. Est-ce parce que ces situations sont communes et anodines que Philippe de Pierpont nous les sert avec platitude ? Réduites à ce qu’elles ont de plus schématique et de plus cliché, ces réalités de vie épuisent d’entrée de jeu notre attention et laisse présager le pire. Heureusement, le réalisateur ne s’attarde guère dessus aussi le film peut réellement prendre son envol avec la fugue des personnages. Toutefois aurions-nous préféré fantasmer les raisons de ce départ plutôt que les voir être ainsi tartinées.

Bien que toute relative du point de vue de la distance, la fuite devient une aventure, et l’aventure expérience. Bert et Lucas changent de noms devenant Bee et Lucky (un élément souligné notamment par la manipulation de magnets sur la porte d’un frigo d’une maison visitée). S’infiltrant chez les gens afin d’y trouver refuge, les personnages se nourrissent bientôt des univers qu’ils découvrent avec une jouissance et une naïveté qui s’épuisent inexorablement (l’expérience se fait). La caractère elliptique du scénario nous demande-t-il une participation active que l’évolution des protagonistes et leur cheminement n’en demeurent pas moins abrupte.

Welcome Homme

Dès lors que de nombreuses scènes pivots semblent absentes, le pointillé de l’écriture brise bientôt tout fil et conduit à l’incompréhension au-delà de l’évidence des enjeux manifestes – quand les appuis ou ressorts ne sont pas « métaphoriques ». Un texte à trous cinématographiques par ailleurs quelque peu déforcé par des dialogues trop artificiels qui jurent par rapport à la vitalité des personnages principaux transcendés par Martin Nissen et Arthur Buyssens.

L’artificialité de la mise en scène – que d’aucuns qualifieront de classique – se confronte à quelques envolées flirtant avec l’expérimentation visuelle et quelques fois sonore. Epinglons une séquence envoutante où Bee et Lucky projettent des diapositives sur des draps tendus à la sauvage avant de se servir de leur propre corps comme surface réfléchissante. Un spectacle des plus symbolique qui, peu à peu, n’est plus le leur mais le nôtre – nous épousons alors le regard du réalisateur.

La photographie, le son et le travail de la musique tendent-ils ponctuellement à une organicité que Philippe de Pierpont ne parvient pas à atteindre tant l’écriture est prédominante et le montage illustratif – mise en exergue ou manque de finesse selon que l’on adhère ou non à la dynamique.

WELCOME HOME
•/♥
Réalisation : Philippe de Pierpont
Belgique – 2015 – 80 min
Distribution : Imagine Film
Drame

FIFF 2015 – Compétition Officielle (Mention du Jury)Welcome Home - afficheWelcome Home - Martin Nissen & Arthur Buyssens

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