Weekend

On 26/06/2012 by Nicolas Gilson

Après un début de soirée en compagnie de ses amis, alors que, fatigué, il rentre chez lui, Russel décide de sortir seul en boîte de nuit. Il y aperçoit un jeune homme qui lui plaît mais qui ne semble pas réceptif. Pourtant c’est à ses côtés qu’il se réveille, chez lui, le lendemain matin. Russel prépare alors du café et le dialogue entre les deux amants s’établit. Un échange à la fois intime et forcé puisque Glen a demandé à Russel de pouvoir enregistrer le récit et les détails de leur rencontre.

Les enjeux soulevés dans le film sont nombreux. WEEKEND est tout à la fois un film sur les relations, l’être, l’amour et la société. Andrew Haigh y aborde de manière singulière les thèmes de la famille et du coming-out au point de rendre les questions qu’il met en place pertinentes au regard de tous.

Sur base d’une rencontre de hasard, deux protagonistes partagent leurs sentiments dans l’ouverture la plus complète. L’intimité qui se crée entre eux est immense, à la fois conditionnée et exacerbée par une limitation dans le temps – Glen quittant le pays à la fin du week-end – mère de toutes les libertés. L’approche scénaristique est habile. Russel et Glen sont plein de nuances. Façonnés différemment par la vie et les relations passées, ayant chacun un réseau d’amis, ils appréhendent les rencontres – sentimentales et/ou sexuelles – différemment, chacun en se protégeant à sa manière. Andrew Haigh décompose cela en confrontant ses protagonistes à une situation où les codes qu’ils s’imposent s’envolent sans raison autre qu’un jouissif désir d’abandon à la complicité.

DES MOTS AU GESTES, DES GESTES AUX MOTS

Si l’une des forces du film est la centralité du personnage de Russel – ce qui permet une complicité avec le spectateur et exacerbe de nombreuses sensations –, Andrew Haigh parvient à mettre en place une réelle dynamique au sein de laquelle les gestes et les mots sont vecteurs de sens et se répondent. La rencontre entre les deux amants se construit le temps du film, au fil de leur mise à nu, de leur évasion et qu’une complicité se tisse entre eux et malgré eux.

Aussi l’ellipse de la rencontre effective est-elle pleine de sens. Celle-ci s’inscrit verbalement lorsque Glen enregistre le récit de Russel et c’est alors la fragilité du jeune homme qui s’impose. La mise à nu est complète, sincère, et une réelle intimité se crée entre les jeunes hommes, bien au-delà de l’intimité sexuelle évoquée. Mais cette impression s’opère car il est d’emblée question d’échange entre les protagonistes dans le dialogue qui s’inscrit mais aussi dans les gestes qui l’entourent à l’instar de la préparation d’une simple tasse de café. Russel et Glen se découvrent dans une dynamique d’échange à la fois verbal et physique.

Les sujets abordés par Russel et Glen sont nombreux, tantôt légers et tantôt graves ils posent des questions de société pertinentes – avec notamment une approche poignante de la notion de famille, Russel ayant grandi de foyer d’accueil en foyer d’accueil – tout en secouant les moeurs et les normes. Aux cours de ces échanges verbaux, Russel et Glen se dévoilent bientôt sans retenue. Une pulsion qui s’inscrit aussi dans leurs gestes puisqu’ils s’ouvrent l’un à l’autre dans une complicité physique et sexuelle. Ils sont curieux de l’autre, simplement. La caractérisation des protagonistes est habile si bien qu’elle se refaçonne peu à peu à mesure qu’ils se dévoilent.

À l’habilité de l’écriture scénaristique, répond une approche esthétique aussi sensible qu’admirable. En privilégiant un cadrage serré et en maintenant la centralité du point de vue du personnage de Russel, Andrew Haigh transcende une impression de complicité – qui est tout à la fois celle du spectateur avec le protagoniste et celle dans laquelle celui-ci évolue. Les gestes sont vecteurs de sens et le réalisateur trouve un équilibre sensible dans leur captation, souvent anodine : Andrew Haigh témoigne d’une intelligente épure qui donne au film un caractère réaliste et intimiste – au point que la musique se fond complètement à l’atmosphère mise en place. La photographie et le montage irradient et transportent le spectateur dans un élan communicatif qui semble faire corps aux sensations parmi lesquelles voyagent les protagonistes – magnifiquement interprétés par Tom Cullen (Russel) et Chris New (Glen).

WEEKEND
♥♥♥(♥)
Réalisation : Andrew HAIGH
UK – 2011 – 96 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie dramatique / Romance

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