Critique : Watchmen

On 03/03/2009 by Nicolas Gilson

Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ? « 

UNE PURE DEMONSTRATION ARTIFICIELLE

En adaptant Watchmen au cinéma Zack Snyder oublie une notion importante celle que le spectateur ne connaît pas forcément l’univers auquel il va être confronté. En soi la découverte de ce monde particulier aurait pu être aussi stupéfiante que délectable, mais l’approche pour laquelle le réalisateur de 300 opte est telle que la compréhension des tenants et des aboutissants de l’intrigue est bien opaque. Sans doute les fans du comics y retrouvent l’univers graphiques et le traitement narratif auquel ils s’attendent. Les autres doivent décoder les informations et tisser des liens afin d’adhérer à une logique purement démonstrative le confrontant à une multitudes d’effets époustouflants mais dénués de tout intérêt autre qu’une plate transposition graphique.

Toutefois la durée du film est telle qu’au bout d’un bon tiers le spectateur moyen est simplement hypnotisé par la logique monstrative de cette impressionnante production. Il collecte tant bien que mal les informations qui lui sont données et/ou il se fond dans la position qui lui est dictée de spectateur passif qui n’est là que pour s’en prendre plein les yeux. L’amateur de spectaculaire plus que de spectacle est ainsi servi. Copieusement.

Là où une série comme X-Men entraîne le spectateur au-delà de la simple adaptation du comics au cinéma, Watchmen semble plus relever d’une hypothèse de transposition cinématographique. Pourtant co-scénarisé par David Hayter, qui collabora aux scénari de X-Men et X-Men 2, le film de Zack Snyder semble chercher à rester trop fidèle aux caractéristiques de la bande dessinée. Ce qui, en faisant du film un réel bijou graphique, a pour conséquence d’en limiter âprement l’accès. Alors que la genèse même des X-Men fait partie intégrante des films de Bryan Singer et de Brett Ratner, celle des Watchmen est plaquée de manière incompréhensible dans un générique pourtant riche avant d’être peu à peu et difficilement mise en lumière au sein du développement durement morcelé et morcelaire de l’intrigue narrative globale.

Le générique présente une coloration particulière ainsi qu’une captation renvoyant tant à l’hypothèse photographique qu’à celle du dessin qui est intelligente. Mais elle démontre aussi la faiblesse de l’approche filmique, celle de ne chercher qu’à atteindre une finalité graphique et stylistique. Avant que ne s’inscrive ce générique – qui s’avère être la chronologie même du prélude à l’univers créé par Dave Gibbons et Alan Moore – l’artificialité démonstrative, qui est le fer de lance de l’approche esthétique du film, ouvre l’hypothèse filmique. En soi cette artificialité s’avère être une ligne de conduite correspondant au genre. Mais jamais le film ne convie le spectateur au-delà du spectaculaire.

Et c’est bien dommage, car le film de Zack Snyder est graphiquement superbe. Tant la photographie, les décors que les costumes sont impressionnants. L’univers mis en place est stupéfiant. Mais si le spectateur ne connaît pas le comics d’origine l’hypothèse filmique s’avère être un labyrinthe bien obscur. Le montage n’aidant en rien, bien a contraire. Or le film devrait pouvoir exister indépendamment du comics. Et cela ne semble pas être le cas.

WATCHMEN
*
Réalisation : Zack SNYDER
USA – 2008 – 165 min
Distribution : Upi
Thriller

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