Waste Land

On 24/11/2014 by Nicolas Gilson

Mettant en scène le portrait d’un inspecteur de police qui déraille, Pieter Van Hees concentre son attention sur les sensations ressenties par son protagoniste. Transcendées au travers d’une approche esthétique où l’habillage musical tient une place primordiale celles-ci sont aussi – et peut-être avant tout – saisissantes grâce à l’interprétation de Jérémie Renier.

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Ce qu’on croit peut devenir réalité

Leo Woeste (Jérémie Renier) vit avec Kathleen (Natali Broods) et son jeune fils Jack dont il s’occupe comme s’il était le sien. Refusant de faire face à l’état de crise de son couple, il se réjouit à l’annonce de la grossesse de Kathleen pourtant décidée à ne pas garder l’enfant. Inspecteur de la brigade criminelle de Bruxelles, Leo enquête sur le meurtre d’un jeune Congolais : une nouvelle affaire qui l’entraine dans une spirale infernale parsemée de fantasmes et de croyances obscures.

Le film s’ouvre sur un hypnotique face à face où un homme observe un enfant qui dort. Ignorant alors de qui il s’agit, nous sommes plongés dans la pleine sensation suggérée par l’orchestration visuelle et sonore. Un regard guide le nôtre. Pieter Van Hees introduit ensuite son principal protagoniste qu’il caractérise au fil de ses interactions. Quelques scène suffisent à croquer, à vif, le personnage de Leo avant d’en dessiner le trouble qui s’ancre inexorablement.

La construction du scénario se concentre sur l’évolution de l’inspecteur qui ne parvient bientôt plus à faire la part des choses entre sa vie professionnelle et personnelle. Après tout lui est-il impossible de quitter ses questionnements comme on quitte un manteau, qui plus est lorsque l’un est l’autre tendent à se confondre. Est-il attentionné à l’égard de Jack que Leo, qui l’aime profondément, ne mesure pas la conséquence de certains de ses gestes.

Waste Land - Leo et Jack

A mesure que l’enquête se complexifie – et que Leo s’enfonce dans un délire de plus en plus apparent, qui habite Jérémie Renier – Pieter Van Hees ne cesse de charger son protagoniste. Il met ainsi en scène ses tendances suicidaires et masochistes, la relation délicate avec son père ou encore la débauche dont témoigne certains policiers (dont Leo). Nous sommes alors conduits à un réel trop plein nous plaçant à distance d’un personnage plongé dans la déraison.

La ligne temporelle, parsemée d’ellipses marquées, renvoie à la grossesse de Kathleen, une grosse que Leo lui impose publiquement afin qu’elle ne lui refuse pas cette paternité, naturelle, qui le travaille tant. D’abord fluide bien qu’irrégulière, celle-ci devient éparse voire erratique. Le basculement opéré est complet et la folie s’impose.

A l’instar de la séquence d’ouverture, Pieter Van Hees nourrit le film d’une ambiance sonore et visuelle qui se module sans cesse, épousant l’évolution psychologique du principal protagoniste. Il accorde un soin particulier à la photographie d’abord réaliste et ponctuellement subjective voire surréaliste. Il habille proprement le film d’une atmosphère sonore et musicale qui engendre de nombreux effets de contrastes. Au fil du développement, celle-ci devient oppressante et semble épouser le délire de Leo. Pourrions-nous alors reprocher au réalisateur de nous prendre en otage que ces inflexions nous bousculent irrémédiablement.

Waste Land - affiche

WASTE LAND
♥(♥)
Réalisation : Pieter Van Hees
Belgique – 2014 – 97 min
Distribution : O’Brother
Drame / Thriller

Film Fest Gent 2014 – Compétition Officielle

Waste Land - Jack Je remie Renier Slider

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