Critique : Waiting For August

On 04/11/2014 by Nicolas Gilson

Au fil de son documentaire au titre évocateur, Teodora Ana Mihai appréhende la réalité des « orphelins économiques » au travers du portrait d’une famille roumaine dont la mère est partie en Italie pour subvenir au besoin de ses enfants. L’action de WAITING FOR AUGUST prend place à Bacau mais pourrait avoir lieu ailleurs tant l’approche du sujet permet d’en saisir le caractère universel.

Waiting For August

L’ouverture du film nous invite à pénétrer, au même titre que la réalisatrice, le quotidien d’une famille bientôt caractérisée par l’absence de tout parent. Georgiana, la plus âgée des filles d’une fratrie de sept enfants, veille à la préparation du repas. Déjà ses gestes et l’importance qu’elle leur confère semblent ritualisés. Une impression confirmée lorsqu’un appel téléphonique de leur mère conduit à l’effervescence des uns et des autres tandis que Georginia s’applique à la tâche.

Teodora Ana Mihai esquisse avec intelligence le rythme de vie des enfants qui veillent un peu trop tard devant la télévision mais se lèvent à temps pour arriver à l’heure à l’école. Transcendant proprement l’énergie de cette cellule familiale, la réalisatrice en décroche quelque peu Georgiana sur qui elle focalise son attention. Une centralité qui prend tout à la fois sens par rapport au rôle qu’elle revêt pour ses frères et soeurs mais aussi quant au sujet mis en scène. Alors qu’elle fête ses 15ans, Georginia aimerait vivre avec naïveté son adolescence. Simplement. Comme les autres. Ce qui lui est impossible. En se concentrant sur ses questionnements, sa détermination à réussir à l’école ou ses relations amicales la réalisatrice met en exergue la complexité des responsabilités qui incombe à une enfant.

waiting-for-august

Toutefois à aucun moment elle ne porte un jugement. Le portrait qu’elle dresse dessine peu à peu, avec force, celui de la société dans laquelle il s’inscrit. Est-il nécessaire de le faire dire – voire répéter – par ses protagonistes que cette situation est malheureusement bien commune. L’absence de la mère se module. Présente d’abord vocalement par le biais du téléphone, ensuite visuellement grâce aux communications par Skype, elle endosse, envers et contre tout, son rôle malgré la distance. La sensibilité de l’approche rend palpable le trouble qui secoue une mère au chagrin indicible. Une mère dont le retour est fixé au mois d’août…

La fluidité de l’approche de la réalisatrice est étourdissante. D’entrée de jeu elle flirte avec la logique de la fiction qui n’est mise à mal que parce que l’un ou l’autre regard vient chercher celui de la caméra. Cherchant à révéler peu à peu les enjeux de la situation qu’elle appréhende, elle construit son récit grâce notamment à dynamique de montage – visuel et sonore – qui repose sur les codes de la fiction. Et ce d’autant plus habilement qu’à aucun moment nous ne nous sentons floués ou manipulés tandis qu’elle ponctue avec brio son film de touches d’humour quelquefois bien sarcastique.

Waiting For August - affiche

WAITING FOR AUGUST
♥♥♥
Réalisation : Teodora Mihai
Belgique – 2014 – 90 min
Distribution : Clin d’oeil films & A Private View
Documentaire

Film Fest Gent 2014 – Global Cinema

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>