Wadjda

On 06/02/2013 by Nicolas Gilson

Le premier film saoudien, WADJDA, qui a été réalisé par une femme, adopte le point de vue d’une fillette de douze ans qui rêve, sans encore en avoir conscience, d’émancipation. Fan de rock, préférant les converse aux souliers noirs normatifs arborés par ses condisciples, Wadjda désire plus que tout d’avoir un vélo mais sa mère refuse de le lui acheter. La raison est simple : il n’est pas convenable pour une fille d’employer un tel engin !

Mais les convenances, bien qu’elles composent son quotidien, Wadjda s’en moque. Elle ne craint ni d’exprimer son point de vue ni de se lier d’amitié avec un garçon de son âge. Pourtant elle sent bien que sa manière de se voiler est peu orthodoxe, ce que la directrice de son école n’hésite pas à lui rappeler. Véritable lieu d’apprentissage, l’école est un microcosme révélateur au sein duquel la liberté relative des jeunes filles peut prendre place du moment que celles-ci ne soient pas « découvertes » dans le champs de vision d’un homme.

Wadjda aimerait être la complice de filles plus âgées et plus rebelles qu’elle. Mais elle découvre rapidement que les impressions de liberté perçues peuvent révéler une toute autre vérité. Toutefois Wadjda ne peut accepter ce qu’elle ne comprend pas et sa naïveté est un formidable terreau à une pensée plus logique que féministe.

La simplicité du raisonnement de la fillette la confronte à bien des illogismes qui constitue un parcours initiatique en de nombreux point aberrant. Wadjda, qui vit avec sa mère, ne comprend pas les enjeux qui se cachent derrière la réaction de celle-ci face au possible nouveau mariage de son père : pourquoi ne peut-elle pas figurer sur l’arbre généalogique de la famille ? Pourquoi celui-ci n’est-il composé que des hommes ?

Haifaa Al-Mansour réalise sans détour un film fort académique qui, s’il manque quelque fois de finesse dans la mise en scène, a le mérite de mettre en question la société saoudienne. Alors qu’elle en condamne le caractère âprement masculiniste dont elle souligne l’absurdité, elle dessine également les contours d’un changement qui s’opère. Et ce non seulement à travers la personnalité de Wadjda mais aussi grâce à des rôles secondaires qui permettent de lever le voile sur une réalité in fine complexe.

Le premier film saoudien

WADJDA
♥♥
Réalisation : Haifaa AL-MANSOUR
Soudan – 2012 – 97 min
Distribution : Alternative Films
Comédie dramatique

Venise 2012 – Orizzonti

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