Viva Riva !

On 31/08/2011 by Nicolas Gilson

Affligeant, xénophobe, sexiste voire masculiniste, homophobe : VIVA RIVA est une cruelle épreuve construite de clichés et les entretenant. Est-il question de dresser un constat sous l’optique du divertissement que le plantage est complet.

De retour à Kinshasa après dix ans d’absence, Riva compte y faire fortune en écoulant des barils d’essence voler en Angola. Il a la folie des grandeurs – ce qui signifie claquer du pognon, boire et baiser (sans protection) en se pensant supérieur – et est méprisé par ses parents – l’un des nombreux enjeux à peine esquissé et jamais vraiment développé. Il traîne dans sa débauche – boire, baiser (sans protection) et claquer de l’argent – son ami J.M. dont l’épouse n’est que fonctionnelle au point d’être un pur objet marqué du seau de la propriété et non du respect. Le volé n’est évidemment pas content et il débarque à Kinshasa bien déterminé à récupérer son bien. Une tonne de complexifications simplistes et l’aventure est sur des rails mal assurés.

Certes derrière un polar manquant de finesse se tissent de nombreux enjeux sociaux et sociétaux mais aucune position n’est prises quant aux « images » véhiculées. Pire encore la position de la femme dans l’ensemble du film est exécrable. Femme-épouse ou femme-maîtresse, elle est dépourvue d’esprit critique. Les seules protagonistes féminins qui existent au-delà de la pure réification sont soit tenancière de bordel (et donc ancre l’hypothèse-même de la femme-objet dont elle vit), soit lesbienne et là, l’approche qui est faite devient perfide. Le discours sous-jacent est à la fois sexiste et homophone : non seulement cette autre sexualité est envisagée d’un point de vue caricatural et réducteur, mais plus encore cette femme est caractérisée comme étant un homme – néanmoins condamnée car ne possédant pas de phallus, ce qui la rend évidemment stupide.

Alors que l’ensemble des artifices commerciaux – des renfort musicaux aux multiples effets visuels – sont déballés, ils n’apparaissent que plus barbants. Ainsi la musique enrobe, elle conditionne mais jamais son emploi n’est sensible. Quant à la multitude des jeux visuels – oscillant entre les clichés du genre, flirtant avec Tarantino (de très loin, un flirt proche du fantasme), bref, s’épuisant continuellement et marquant une absence cruelle de singularité –, il ne manque que la 3D !

VIVA RIVA ? Pas vraiment.

VIVA RIVA !

Réalisation : Djo Tunda wa Munga
Belgique – 2010 – 98 min
Distribution : O’Brother
Comédie dramatique

3 Responses to “Viva Riva !”

  • Je suis d’accord avec Ella: tout film ne doit pas avoir comme but d’être politiquement correct, féministe, émancipé…
    Il peut aller « au delà » de l’esprit bobo censeur ou auto-censeur en voulant « simplement », si cela ne heurte pas trop les grands esprits bien pensant, dépeindre un tableau « réaliste » révélant des situations sociales non pas fantasmées mais observées, des moeurs et des pensées d’un certain groupe social dans une période et un lieu particulier.
    Ensuite, que ceux qui verront le « tableau » y décèlent des sujets de débats et de discussion, cela ne peut qu’être enrichissant.
    En bref, c’est pour moi un film un peu documentaire-fiction qui révèle une société méconnue et « caricaturale » aux yeux des occidntaux qui pourront porter des jugements lorsqu’ils auront fit l’effort d’aller au-delà de la « caricature ».

  • Votre point de vue est très intéressant et je le partage sur pas mal d’ aspects du film (manque de finesse, absence de singularité dans les jeux visuels, flirt effectivement très lointain avec Tarantino de plus Tarantino nous sacralise nous les femmes ;-) ), mais pour avoir entendu le réalisateur expliquer ce pour quoi il a fait le film, je ne pense pas qu’il souhaitait portrayer quelques enjeux que ce soit, mais a voulu certainement simplement dépeindre une vision de la réalité, du moins la sienne. Encore une fois, vous démontrez dans vos propos cette volonté et cette attente quasi mondiale de chaque fois vouloir trouver de la morale dans un film africain ou que le réalisateur africain doit nécessairement se positionner. Les protagonistes féminins, au delà, en effet de la réification, sont des profils existant et plutôt réels (aussi caricatural que cela peut vous sembler, il a été fidèle à l’environnement qu’il dépeint). Munga ne s’est certes pas donner le temps de construire ses personnages de façon aboutie, cependant on peut lui accorder d’avoir dépeint une certaine réalité de Kinshasa et l’avoir mis à l’écran, ce qui en soi, constitue une première! Viva Riva, moi je dis oui! ;-)

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