Critique : Visage

On 10/11/2009 by Nicolas Gilson

Amère déception que VISAGE, fruit d’une étrange et improbable rencontre entre l’esthétique asiatique et un hommage tant à Truffaut qu’au cinéma de la Nouvelle Vague. A travers un incompréhensible récit, Tsaï Ming-Liang tente de confondre codes et langages cinématographiques, sans y parvenir et en épuisant incommensurablement le spectateur. Pourtant casting, synopsis, mise en scène et direction d’acteur ont tout pour séduire. Le film s’en trouve résumé en un mot : désastreux.

visage_Laetitia Casta

Afin de comprendre la trame narrative il est impératif de parcourir le synopsis ! Indépassable prérequis, proprement désolant : car les sensations auxquelles le réalisateur confronte le spectateur ne lui permettent pas de pénétrer au coeur des méandres symboliques qui animent les protagonistes. C’est qu’un cinéma des sensations proche de la poésie qui tente de s’assimiler à un cinéma narratif de la parole n’a pas de sens ! Nombreuses sont les séquences riches, esthétiquement réussies voire admirablement éprouvante pour le spectateur mais le montage général qui en découle ne permet au spectateur d’entrer dans la moindre logique claire ; ni celle de la pure narrativité, ni celle de la radicale poésie : il est confronté à un objet hybride, impossible à appréhender. Doit-il alors en admirer la robe ou en vomir l’hermétique esthétisme ?

Pourtant redécouvrir Jean-Pierre Léaud – dans le rôle d’Antoine (!), aux côtés de Fanny Ardant dans son propre rôle qui en arrive à parcourir un ouvrage sur Truffaut ne peut laisser indifférent. La dynamique du deuil appuyée et démultipliée devient rapidement le seul intérêt du film bien qu’elle reste toujours floue. La confrontation des symboles et des cultures, du réalisme (français?) et de l’onirisme (asiatique?), est pleine de sens … mais au coeur d’une inexorable sinuosité telle que rien n’est intelligible.

Tsaï Ming-Liang se met clairement en scène (un réalisateur taïwanais qui réalise un film au Louvres … ) et se perd dès lors dans des sous-sujets incompréhensibles à qui ne le connaît pas et se veut ignorant d’un pan entier de l’histoire du cinéma français – père du cinéma narratif contemporain qu’il est devenu. Ainsi son homosexualité est évoquée de manière impromptue ; l’identitaire de Jean-Pierre Léaud, au travers du nom d’Antoine, est empreint d’une lourde évocation … En sommes, des citations sont évidentes, d’autres apparaissent obscures alors que la prémisses de l’ensemble s’avère majestueuse ! Même Laetitia Casta a du crédit dans son propre rôle, sans doute sa seule interprétation valable … Mais cela ne fonctionne pas, tant tout devient opaque, inatteignable voire inabordable.

VISAGE

Réalisation : Tsaï MING-LIANG
France/Taïwan/Belgique/Pays-Bas – 2008 – 141 min
Distribution : BFD
Comédie dramatique

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