Vincere

On 09/02/2010 by Nicolas Gilson

Marco Bellochio nous propose de rencontrer un personnage d’une terrible complexité et à travers celui-ci à repenser une page de l’histoire politique de l’Italie. Ida Dalser, mère du premier fils de Mussolini – enfant reconnu par le père avant qu’il ne se rétracte – fut internée dans un asile d’aliénés car elle clamait être l’épouse légitime du Duce. Le réalisateur s’intéresse à la rencontre des deux amants avant de nous laisser le choix de la folie ou de la sincérité de la jeune femme. Il met en scène un récit troublant ponctué de références au cinéma, à l’histoire du médium-même mais aussi au fascisme, à la radicalité politique et aux dangers tant de la propagande que de l’influence que peut avoir l’Eglise.

A la fois le sujet et la manière dont le réalisateur l’appréhende se veulent captivants : avant que le basculement vers la folie ne s’opère – une folie plurielle, tant effective (Mussolini) que subjective – la passion s’impose magistralement. Une passion intellectuelle et physique. Une passion pulsionnelle, obsessionnelle, irrationnelle. Une passion qui anime diversement Ida et Mussolini. N’est-ce d’ailleurs pas le caractère passionné de l’homme qui embrase la femme ? Bellecchio nous contraint à envisager l’infime distance qui sépare l’irrationnel de la folie. La passion de Ida la conduit-elle à la folie ? Mais au-delà comment considérer Mussolini, le fascisme voire l’Eglise catholique – en somme le pouvoir ?

Incontestablement le réalisateur met en place une réelle démarche politique : non seulement il déterre le terrible secret de Ida Dalser mais au-delà il donne la parole aux fantômes des inactions fascistes. A travers la figure de Mussolini, le despotisme politique italien est mis en question : de la maîtrise des médias à la camaraderie avec l’Eglise. Et au-delà le machisme, cette virilité italienne, est considéré comme foncièrement misogyne, dominatrice et castratrice – les gestes de Mussolini à l’égard de Ida, dans l’intimité, se veulent paradigmatiques.

Bellocchio développe un réel langage cinématographique et au-delà se sert du médium cinématographique comme vecteur de sens. D’un prime classicisme narratif aux frontières de l’expérimental, Bellocchio ancre un réel basculement visuel. VINCERE se présente comme une histoire d’amour sur fond de récit historique avant de se révéler être un parcours intime sensible, psychologique et sensationnel. Un basculement qui s’opère esthétiquement. Images d’archives, extraits de films projetés, inscriptions textuelles, emploi musical judicieux ou encore colorations plurielles nous conduisent à ressentir à la fois le désarroi, la colère, le trouble et la passion de Ida. Le réalisateur nous permet de rencontrer intimement la protagoniste, de faire corps avec elle ; en somme de nous laisser pénétrer par sa réalité.

Le renvoi à l’histoire du cinéma est pluriel et riche. Il esquisse la force que le médium peut avoir, le rôle que les salles obscures ont pu jouer … Mais au-delà les parallélismes que le réalisateur met en place entre les différents extraits et le récit même ancre de plurielles critiques et comparaisons : ainsi Mussolini se font en Jésus Christ, prophète et martyr … La mise en scène de Bellocchio est pensée brillamment.

La qualité d’interprétation de l’ensemble du casting atteste des qualités de direction d’acteur du réalisateur qui offre à Giovanna Mezzogiorno un rôle infiniment riche. Elle porte le film d’un bout à l’autre, et plus encore nous emporte à ses côtés nous contraignant à considérer sa folie comme nôtre.

VINCERE

***

Réalisation : Marco BELLOCCHIO

Italie – 2009 – 118 min

Distribution : ABC Distribution

Drame / Drame Historique

EA

VINCERE

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