Vijay and I

On 16/09/2013 by Nicolas Gilson

A mi-chemin entre la comédie et la romance, VIJAY AND I emporte le spectateur à New-York où Moritz Bleibtreu, déguisé en Sikh, courtise Patricia Arquette, psychotique. A mi-chemin entre la comédie et la romance, Sam Gabarski trouve difficilement le ton juste. Un four.

vijay & i

« Tout le monde rêve d’assister à ses propres funérailles. Qui en a vraiment la chance ? »

Teinté d’une musique jazzy, qui n’aura de cesse de revenir ponctuer le film tel un leitmotiv, le dynamique générique d’ouverture esquisse les grands mouvements de la vie du protagoniste bientôt mis en scène. Comédien allemand parti faire carrière aux USA, Will (Moritz Bleibtreu) tient le rôle de Bad Lucky Bunny dans une émission télé pour enfants. La rencontre amoureuse avec Julia (Patricia Arquette) et Lily (Catherine Missal), l’enfant qui est né de leur union, semblent avoir eu raison de ses espérances…

Le jour de ses quarante ans, persuadé que ses proches ne lui accordent aucun intérêt, puisque personne ne semble se souvenir de cette date « fatidique » (alors qu’ils lui organisent une fête surprise), Will semble au bout du rouleau. Par un jeu de circonstances son décès est annoncé à la télévision (il ne resterait rien de son corps calciné) : belle opportunité de découvrir si et à qui cela cause du chagrin.

L’introduction du film est-elle a dessein appuyée qu’elle atteste du caractère confus et démonstratif tant de l’écriture que de la mise en scène. Le spectateur est en effet à la fois fondu et confronté au ressenti de Will tout en étant complice (ou témoin) de l’agissement de son entourage. Si plus que d’être victime d’un quiproquo (qui se devine comme le nez au milieu d’un visage), Will apparaît impulsif et irréfléchi, cela n’est peut-être que louable au vu de la caractérisation et de l’évolution des protagonistes féminins. Mais peut-être n’est que jugement d’être agacé par Will et ses réactions plus puériles que grandiloquentes.

Vijay & I

Will – poor bad lucky bunny – se sentant oublié et méprisé par ses proches, plutôt que de signifier la méprise de l’annonce de sa mort, décide d’assister à ses propres funérailles. Le jeu malsain est alors déjà souligné par son ami qui devient pourtant son complice. Mais transformé en Vijay, un banquier Sikh, Will s’y enlise avant de se complaire dans la séduction de sa propre épouse (qui ne le reconnait pas, convention à laquelle le spectateur doit adhérer s’il ne veut pas arracher son siège du sol). À défaut de mettre en scène une comédie grinçante, sarcastique ou ironique, Sam Gabarski oscille entre une légèreté de ton souvent balourde et un romantisme cliché sans saveur. Le réalisateur ne parvient pas à trouver le juste ton et du coup, l’ennui est au rendez-vous. N’est pas Woody Allen qui veut.

Si le réalisateur met à mal l’hypothèse familiale (à quelle fin?), il compose des protagonistes résolument superficiels à l’instar des réactions puériles de Will ou des crises de Julia. Alors que les personnages secondaires sont construits avec soin – douce critique d’un microcosme socio-culturel –, ceux-ci semblent être autant de prétextes à mettre en scène des situations humoristiques qui malheureusement tombent trop souvent à plat tant la démonstration est creuse. Plus encore certaines séquences, plus que clichées, semblent éculées tandis que la psychologie féminine dévoilée fâche.

Ce n’est là qu’un trait d’humour mais toutes les femmes du film sont psychotiques. Déjà que Julia et Lily sont responsables du quotidien miséreux de Will, la première est nymphomane, manipulatrice, sourde, bipolaire et autoritaire, et la seconde, tout aussi manipulatrice, est vénale au dernier degré. Faute de subtilité, et à force d’insistance (attention aux ciseaux castrateurs), le film a de quoi rendre féministe un pot de fleur.

Dépourvue d’originalité, la mise en scène anticipe les enjeux et les rebondissements narratifs en prenant par la main le spectateur. Le manque de finesse de l’écriture y trouve donc écho. Et si les figurants figurent avec brio – assassinant ainsi plusieurs séquences comme la fête surprise ou l’enterrement et son discours –, certaines séquences manquent de logique (ou n’en n’ont pas) à l’instar de la scène dans un taxi où le chauffeur semble s’être endormi. Le plus souvent artificielle, l’approche esthétique semble être un sympathique brouillamini impersonnel au sein duquel des effets de zoom ou de caméra subjective surviennent sans cohérence. Mais puisque la musique se veut lancinante…

Malgré l’artificialité générale, le casting emporté par Moritz Bleibtreu est l’atout du film – le seul cependant à nos yeux.

Vijay and i

VIJAY & I

Réalisation : Sam Gabarski
Belgique / France / Allemagne – 2013 – 96 min
Distribution : Imagine Films
Comédie / Romance

Vijay & I - affiche

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