Critique : Victoria

On 29/06/2015 by Nicolas Gilson

Avec VICTORIA Sebastian Schipper prend le pouls d’une ville – Berlin – et d’une génération. Il fait corps avec une jeune émigrée espagnole qu’il saisit dans l’effervescence de la nuit au rythme des beat de la musique sur laquelle elle exulte. L’énergie première épouse bientôt celle de « vrais berlinois », offrant une riche photographie avant qu’un basculement narratif excite notre attention ou l’épuise littéralement selon que l’on partage, ou non, de l’empathie pour les personnages. Un « tour de force » astreignant.

Victoria © Senator Film Verleih

Victoria est à Berlin depuis quelques mois. Ce soir-là, seule sur la piste de danse, elle profite de la vie nocturne berlinoise. Après une vaine tentative de drague et un shot de Vodka, elle décide de rentrer. C’est alors qu’elle entame la conversation avec quatre gars à qui l’on vient de refuser d’entrer dans la boîte de nuit. La dynamique de l’échange entremêle la fatigue et l’exaltant de l’alcool. Victoria, à la fois amusée et curieuse par ceux qui se présentent sous les noms de Sonne, Boxer, Blinker et Fuß, décide de faire un bout de chemin avec eux… Le dialogue, dans un anglais approximatif, est énergique. La rencontre sans attente. Il s’agit de profiter de l’instant et de se fondre à la complicité d’un groupe d’amis. Sonne qui en pince pour Victoria l’accompagne bientôt jusqu’au bar qu’elle est censée ouvrir à l’aube et tandis qu’une réelle alchimie se dessine entre eux, malgré quelques mensonges éhontés, Boxer débarque brise l’idylle naissante. Il est sur un coup. Il doit rendre un service qui n’a rien de légal. Et il a besoin de Victoria qui accepte de rendre ce service… Tandis que le jour se lève, les protagonistes basculent irrémédiablement dans la nuit.

Si le scénario peut laisser interdit dans la mesure où la décision de Victoria est plus irrationnelle qu’irréfléchie, il est ficelé avec panache. Sebastian Schipper parvient tout à la fois à faire une photographie très juste de la réalité cosmopolite berlinoise et de l’énergie d’une génération quelque peu paumée, tout en mettant en place un thriller au sein duquel, on le sent bien, les protagonistes courent à leur propre perte.

Victoria - Sebastian Schipper

La mise en scène est un brillant exercice qui exulte l’énergie des personnages et de l’action tout en étant en bien des points fatigante. Le réalisateur compose son film en un seul plan séquence permettant de condenser en 140 minutes une pleine tranche de vie. Cependant les limites du procédé se ressentent notamment lorsque la caméra semble courir derrière les protagonistes ou tourbillonner de manière démonstrative, ou lorsque le réalisateur vient coller une orchestration musicale extradiégétique trop dictatoriale.  Et si le caractère sous-exposé ou flou de certaines séquences participent à la radicalité de l’approche celle-ci est clairement pipée – attestant des contraintes que le réalisateur n’a pu dépasser – et le « tour de force » perd de sa superbe.

L’acuité de l’ensemble des comédiens à se plier au jeu est étourdissante. Ils ne jouent pas, ils sont. Un élément pour le moins enchanteur qui s’évanouit néanmoins lors d’un final au pathos exacerbé. Car au fil de son développement, se faisant le témoin de l’énergie de ses protagonistes, Sebastian Schipper ancre une distance certaine qui devient indépassable dès lors qu’il offre la possibilité de mettre en perspective leurs décisions – contrairement à eux.

Victoria-posterVICTORIA

Réalisation : Sebastian Schipper
Allemagne – 2015 – 140 min
Distribution : September Film
Parcours dramatique

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

slider65BerlinaleUGMmise en ligne initiale le 14/02/2015

 

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