Critique : Versailles

On 11/08/2008 by Nicolas Gilson

Une jeune femme, Nina, et son fils de cinq ans, Enzo, vivent dans la rue. Ils dorment comme ils peuvent, là où ils peuvent, évitant les centres d’accueil où l’on posent trop de questions. Car une crainte ronge la mère, celle qu’on la sépare de son fils. Paumée, révoltée, elle veut s’en sortir. Une nuit, alors que son fils dort dans une cabane au milieu les bois, non loin de Versailles, elle s’enfuit. Son fils est par la force des choses confié à Damien, le marginal les ayant accueilli…

UNE APPROCHE SINCÈRE AU REGARD JUSTE

D’entrée de jeu Pierre Schoeller ancre un contraste merveilleux en intitulant son premier long métrage Versailles. Les fastes et l’imagerie qui sont liés à ce nom sont mis à mal dès les premiers plans, dès notre rencontre avec les protagonistes. Et au fur et à mesure que le récit se développe, la mise en parallèle entre la vraie vie et celle des contes de fées, nourrie de manière diverse, insuffle au film une force indéniable. Le concept du conte se retrouve même être désacralisé ; un peu comme la royauté française en son temps.

Sans doute faut-il avoir en tête que la genèse du film est à trouver dans l’actualité. Un fait divers comme tant d’autre : un homme retrouvé mort dans les bois de Versailles. Il y vivait, il y est décédé.

Pierre Shoeller nous confronte à une réalité de vie : celle de marginaux qui pour des raisons diverses n’entrent pas dans le cadre institué par la société. Pour ce faire, il signe un scénario original, construit en trois segments, où trois principaux protagonistes nous permettent d’appréhender cet univers particulier. Quelques longueurs, quelques erreurs de point de vue : cherchant à trop nourrir la trame narrative, il en rompt la linéarité et la justesse.

La réalisation atteste d’une maîtrise impressionnante pour un premier film : dès les premiers plans, elle témoigne d’une force quasi documentaire où les gestes, les regards, les réactions et même les respirations nous sont révélés. Mise à nu efficace (rapide, sans concession) d’une urgence de vie. Par contre lorsque le réalisateur ne filme plus “le quotidien“ mais s’attaque à la mise en scène non plus réaliste mais “dramatique“ cette maîtrise n’est plus au rendez-vous de manière continue. Le jeu des acteurs est alors ressenti. Et l’intérêt de la facture documentaire s’annihile. Plusieurs scènes, dont des scènes pivots ne fonctionnent pas. Et c’est dommage.

Car malgré les longueurs (notamment le second segments dans le bois) et les erreurs de point de vue, Versailles est un film fort et dur, touchant et prenant. Un film où le misérabilisme n’a pas sa place. Le casting est impressionnant. Le jeune garçon qui interprète Enzo est proprement époustoufflant. Il ne semble pas jouer. Il est. Ses gestes secs et sauvages, son regard froid et humide sont troublant. Judith Chemla et Guillaume Depardieu sont convaincants si même parfois irritants dans les scènes qui ne fonctionnent pas. Aure Atika est surprenante, presque captivante tant elle est touchante.

VERSAILLES
**
Réalisation : Pierre SCHOELLER
France – 2007 – 150 min
Distribution : Lumière (BFD)
Drame

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