Venus Noire

On 02/11/2010 by Nicolas Gilson

Abdellatif Kechiche met en scène le destin d’une femme, Saartjie Baartman. Arrivée à Londres au début du 19ème siècle, celle qui devint la Venus Hottentote suivait son maître, Caezar, en pensant pouvoir faire de la scène. Mais le dessein que l’homme avait en tête était tout autre : plus que de participer au spectacle, elle était le spectacle.

En s’appropriant le récit singulier de la vie de Saartjie Baartman, Abdellatif Kechoche lui rend une âme et il lui donne un visage. Au-delà il met en scène le racisme et la servitude ; il met en lumière les zones d’ombre de la suprématie de la culture occidentale tout en prenant la défense des femmes rendues objets. Il révèle la bêtise humaine tout en gardant l’espoir d’un regard juste – humain au sens noble du terme. D’emblée deux réalités ouvrent le récit : d’une part la froideur de l’Académie Royale de Médecine de Paris en 1817 où œuvre à la démonstration d’une logique raciste l’anatomiste Georges Cuvier ; d’autre part l’exploitation, voire l’annihilation, de Saartjie Baartan dans les foires aux monstres du Londres de 1810. La crudité des propos est des gestes est frappante. Face aux scientifiques comme face aux spectateurs, la femme n’est qu’un objet curieux.

Mais le réalisateur cherche à en établir le portrait sensible. Il tend à révéler la honte qui l’habite, la souffrance qui l’envahit. Aussi il n’épargne rien du spectacle qui dure au point d’en être d’abord éprouvant, ensuite épuisant. La déchéance de Saartjie fût totale, et Abdellatif Kechiche en esquisse les grandes lignes. De Londres à Paris ; de la vie à la mort ; de l’espoir au déshonneur.

L’écriture est paradoxale. Tantôt minutieuse et détaillée, elle conduit à de très (trop) longues séquences où un réalisme cru émane des gestes ; tantôt morcelée les trop nombreuses ellipses ne permettent pas de rencontrer la protagoniste au-delà d’une pure dynamique de monstration. Aussi il s’agit de crier le comportement d’une série d’individus quant à une personne, tout en ancrant une logique qui repose sur un même principe démonstratif. Toutefois la sincérité du réalisateur est criante.

Si le rythme du film dans son ensemble pose problème, l’approche esthétique est sans conteste l’élément le plus perturbant. La caméra, dont la netteté de la photographie est abominable, est sans cesse en mouvement, tandis que les choix de cadrage et de montage sont d’une pauvreté effarante. Les gestes et les regards l’emportent tout de même ponctuellement mais le ton général n’est guère convaincant. Le sujet est pourtant riche et passionnant, mais la VENUS NOIRE de Kechiche est éreintant.

VENUS NOIRE

Réalisation : Abdellatif KECHICHE
France – 2010 – 159 min
Distribution : Imagine
Biopic / Drame
EA

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