Venezia73 : Le Palmarès Officiel

On 10/09/2016 by Nicolas Gilson

Avant de se refermer avec la projection de THE MAGNIFICENT SEVEN, la 73 ème Mostra du Cinéma de Venise a dévoilé son Palmarès. Le Jury emporté par Sam Mendes a plébiscité ANG BABAENG HUMAYO (The Woman Who Left) de Lav Diaz en lui remettant le Lion d’Or. Des 21 films en lice, il désigne ainsi l’objet le plus long (226 minutes) qui, malgré un sujet intéressant, est techniquement le plus pauvre avec un son exécrable et une image en noir et blanc saturée ou sous-exposée. Semble-t-il radical que le Palmarès apparaît des plus consensuel consacrant Emma Stone (LA LA LAND), récompensant un surprenant « Mad Max Spaghetti » (THE BAD BATCH) ou récompensant du scénario le film où cet élément (majeur) fait pourtant défaut (JACKIE). Si nous nous réjouissons de voir Amat Escalante primé pour LA REGION SALVAJE, nos yeux saignent de constater qu’il doit partager son prix avec Andrei Konchalovsky pour PARADISE. Gageons que les membres du Jury s’en expliqueront devant Saint-Pierre.

La-region-salvaje-critique

 

Après le Lion d’Argent récompensant A LULLABY TO THE SORROWFUL MYSTERY du Prix Bauer (pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives), Lav Diaz ouvre peut-être une nouvelle ère cinématographique où la technicité n’a plus aucune importance dès lors que l’épuisement, du sujet et du spectateur (ou plutôt festivalier), devient en soi une expérience. Sommes-nous irrités par le caractère abrupte de sa réalisation, malgré la prétention d’une esthétisation passant notamment par les plans séquences et un rapport singulier au temps, que son sacre agace. A croire que nous n’avons pas vu les mêmes films.

Emporté par la prestation de Natalie Portman, JACKIE nous a subjugué lorsque Pablo Larrain semble se réapproprier l’histoire et gommer toute barrière de la représentation. Une gageure au fil d’un film performatif (Portman court proprement derrière un Oscar tandis que Larrain démontre sa virtuosité à « reconstruire » l’Histoire) qui repose pourtant sur un truc scénaristique d’une pauvreté désolante : un jeu de flash-backs, entre évocation et souvenirs, ponctuant une interview. C’est pourtant cet élément qui a séduit Mendes et ses comparses. Mais Portman n’est pas la seule à perdre de points dans la course à l’Oscar de la meilleure actrice (la saison est ouverte) : Amy Adams, pourtant saisissante dans ARRIVAL de Denis Villeneuve et dans NOCTURNAL ANIMALS de Tom Ford, est elle aussi coiffée sir le poteau par Emma Stone. Elle peut néanmoins envisager le Grand Prix remis au film de Tom Ford comme un pansement. La grande perdante est sans doute Dakota Fanning, pourtant éblouissante dans BRIMSTONE – l’une des surprises de la compétition.

Fort d’un scénario nous conduisant à mettre en parallèle le devenir de nos sociétés à la réalité de l’Europe au lendemain de la première guerre mondiale, François Ozon aura révélé Paula Beer qui décroche le Prix Marcello Mastroianni pour son interprétation dans FRANTZ. Très présent dans la sélection, ce sera le seul prix pour le cinéma français. Au moins le Jury, comme nous resté de marbre devant UNE VIE de Stéphane Brizé, nous aura épargné le sacre de l’inénarrable LES BEAUX JOURS D’ARANJUEZ de Wim Wenders. Il aura également boudé le cinéma italien dont la présence en compétition ne semblait se justifier que parce que la Mostra se tient en Italie.

Eclectique au point de paraître consensuel, le Palmarès rapproche deux films diamétralement opposés en consacrant ex-aequo Amat Escalante et Andrei Konchalovsky au titre de « meilleur réalisateur ». Alors que le premier propose une expérience à la fois hypnotisante et terrifiante avec LA REGION SALVAJE, le second nous confronte, sous l’angle du religieux, à un pamphlet empli d’illogismes au fil de PARADISE. La digestion des 21 titres en compétition n’étant pas aisée, les éructations semblent compréhensibles…

Lav Diaz - Lion d'Or

Palmarès

Compétition Officielle

  • Lion d’Or du Meilleur Film : ANG BABAENG HUMAYO (The Woman Who Left), Lav Diaz
  • Prix de la Mise en scène : Amat Escalante pour LA REGION SALVAJE ex-aequo Andrei Konchalovsky pour PARADISE
  • Grand Prix : NOCTURNAL ANIMALS, Tom Ford
  • Prix Spécial du Jury : THE BAD BATCH, Ana Lily Amirpour
  • Coppa Volpi du meilleur acteur : Oscar Martinez pour EL CIUDADANO ILUSTRE de Mariano Cohn & Gaston Duprat
  • Coppa Volpi de la meilleure actrice : Emma Stone dans LA LA LAND de Damien Chazelle
  • Meilleur scénario : Noah Oppenheim pour JACKIE de Pablo Larrain
  • Prix Marcello Mastroianni (actrice ou acteur émergent) : Paula Beer dans FRANTZ
Jury composé de Sam Mendes, Laurie Anderson, Gemma Arterton, Nina Hoss, Chiara Mastroianni., Giancarlo De Cataldo, Joshua Oppenheimer, Lorenzo Vigas et Zhao Wei

Orizzonti

  • Meilleur Film : LIBERAMI, Federica Di Giacomo
  • Meilleure réalisation : Fien Troch pour HOME
  • Prix Spécial du Jury : KOCA DÜNYA (Big Big World), Reha Erdem
  • Meilleure actrice : Ruth Diaz dans TARDE PARA LA IRA de Raul Arevalo
  • Meilleur acteur : Nuno Lopes dans SAO JORGE de Marco Martins
  • Meilleur scénario : KU QIAN (Bitter Money), Wang Bing
Jury composé de Nelly Karim, Valentina Lodovini, Moon So-ri, Chaitanya Tambane, Jim Hoberman et José Mara Prado sous la présidence de Robert Guédiguian

Autres Prix Officiels

  • Meilleur court-métrage : LA VOZ PERDIDA, Marcelo Martinessi
  • Prix Luigi De Laurentiis (premier film) : AKHER WAHED Fina (The Last of Us)
  • Meilleur documentaire : LE CONCOURS, Claire Simon
  • Meilleur film restauré : L’UOMO DEI CINQUE PALLONI, Marco Ferreri
  • Prix Jaeger-LeCoultre : Amir Naderi
  • Lions d’Or d’honneur : Jean-Paul Belmondo & Jerzy Skolimowski

Venezia 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>