Critique : Vandal

On 14/07/2014 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Hélier Cisterne, VENDAL épouse le regard d’un adolescent marginal contraint de se resssaisir. Parvenant à sublimer tant l’impétuosité et l’ardeur que l’agitation de son principal protagoniste, le réalisateur propose de pénétrer l’univers singulier des graffeurs. Charmant.

Vandal - Hélier Cisterne

« Moi quand je vois des signatures dégueux, ça me fait penser aux chiens qui pissent »

Adolescent tumultueux, Chétif (Zinedine Benchenine) est envoyé chez son oncle et sa tante à Strasbourg afin qu’il reprenne sa formation en maçonnerie. Bientôt épris pour la seule jeune fille de sa classe, il tente de trouver sa place comme il le peut. Complice de son cousin, il le suit lors de ses sorties nocturnes et découvre à travers lui l’univers du graff.

Dès l’ouverture du film, Hélier Cisterne met en place une pleine dynamique empathique à l’égard de Chétif tout en révélant son caractère et l’épuisement nerveux auquel il a conduit sa mère (remarquable Marina Foïs). Avec économie et beaucoup de justesse, il parvient à saisir la confusion qui règne au sein de la cellule familiale monoparentale. Il esquisse tout à la fois la personnalité et la crise du jeune homme, et dépeint avec acuité son univers. Ecriture et approche esthétique (principalement les choix de cadrage et de montage) convergent ainsi d’entrée de jeu en un même mouvement permettant de dresser un portrait sensible par touches impressionnistes.

Préférant les ellipses à une narrativité trop explicative, le réalisateur tend à épouser l’ébranlement intellectuel de l’adolescent. S’il en résulte une impression de superficialité (ou d’un manque certain), le film présente une réelle énergie et un rythme séduisant. En se focalisant sur Chétif (narrativement et esthétiquement), Hélier Cisterne en rend palpable la fougue et les doutes, l’exaltation et le trouble.

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Autant d’éléments qui sont condensés, déjà, dans la séquence de pré-générique où l’on découvre Chétif qui s’amuse au volant d’une voiture avant un passage chez le juge et son trajet vers Strasbourg. Un trajet qui esquisse le parcours qu’il entame. L’adolescent se rencontre lui-même au fil de ses interactions. Quittant sa mère et son jeune frère, il retrouve une figure paternelle en la personne de son oncle, doit s’imposer dans une nouvelle école, se découvre des sentiments amoureux ou revoit un père qui lui est devenu inconnu. Autant d’échanges qui paraissent d’une éblouissante véracité – d’autant plus troublante qu’elle en devient, pour Chétif comme pour nous, vertigineuse.

Peu à peu, le protagoniste devient perméable à l’univers du graffiti qu’il découvre à travers son cousin lors de sorties nocturnes en catimini. Passion et obsession ne forment bientôt qu’un ouvrant tantôt sur un épisode faisant un clin d’oeil à L’EMPIRE DES SENS (version ado soft) et exacerbant in fine le désarroi de Chétif.

La finesse de la direction d’acteur est certainement l’élément essentiel à la sensation de juste tonnalité qui s’impose d’un bout à l’autre du film – qu’importe son caractère éthéré. Si, dans le rôle de Chétif, Zinedine Benchenine est une révélation, la sincérité qui transpire de chaque séquence est bluffante. Rare sont les échanges familiaux où la fiction semble pareillement laisser place à la réalité tant les silences ou les regards conduisent à sublimer un sentiment de complicité.

Vandal - affiche

VANDAL

Réalisation : Hélier Cisterne
Suisse / France / Belgique – 2013 – 84 min
Distribution : Tarantula Distribution
Drame

FIFF 2013 – Compétition Emile Cantillon – Prix du jury jeune

SCRATCH

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