Critique : Valley of Love

On 15/06/2015 by Nicolas Gilson

Réunissant à l’écran Isabelle Huppert et Gérard Depardieu, Guillaume Nicloux signe un film sublime au fil duquel la mort se meut amour. Jouant avec l’identitaire de ses comédiens, il ne cesse de semer un trouble chez le spectateur qu’il confronte à une aventure à la fois réaliste et fantastique. Rencontre humaine, VALLEY OF LOVE est emprunt d’une envoutante délicatesse.

Valley of Love - Cannes 2015

Isabelle et Gérard se retrouvent dans la Vallée de la Mort où ils ont rendez-vous avec leur fils décédé six mois plus tôt. Tous deux ont reçu une lettre rédigée de sa main leur demandant de se rendre ensemble en des lieux précis aux heures indiquées. Gérard est perplexe, il n’a consenti à ce trajet que parce qu’Isabelle le lui a demandé. Après plusieurs années sans avoir vu son fils, elle croit désespérément en l’annonce de son apparition et l’aveu de la raison de son suicide.

Un rêve, on en fait ce qu’on veut, c’est sans danger.

Guillaume Nicloux ouvre le film sur la figure d’Isabelle dont la silhouette fragile n’en est pas moins forte et pleine d’assurance. Elle avance d’un pas déterminé le long d’un chemin entourant ce qui se dessine comme un immense motel. Déterminée elle semble perdue dans un décor qui ne lui appartient pas, un décor plein de contraste dont la beauté lointaine s’impose majestueusement. Sous une chaleur écrasante, la femme ne fait rien que de banal ; se risque à quelques longueurs dans une piscine à l’eau translucide, tente de joindre en vain son mari ou de fuir une conversation futile avec une américaine persuadée que les Châteaux de la Loire se trouvent à Paris.

L’arrivée de Gérard met en place la raison de sa présence dans ce motel et les enjeux de leurs retrouvailles. De leurs amours passées est né un fils bientôt placé en pension par l’actrice qui, à l’adolescence, l’a pleinement rejetée. Elle ne le connait pas et, aujourd’hui qu’il est mort, le regrette. Elle jalouse la relation que Gérard avait avec lui, veut comprendre pourquoi il s’est ôté la vie… Le dialogue est compliqué malgré la proximité et l’isolement au coeur de vastes étendues où le temps semble s’arrêter.

isabelle-huppert-Valley-of-love

Sur base d’une écriture a priori simple et emplie d’humour, Guillaume Nicloux compose une mise à nu complexe et troublante à mesure que ses protagonistes s’ouvrent l’un à l’autre mais aussi à eux-mêmes. La détermination d’Isabelle se butte à la perplexité de Gérard qui ne compte pas faire le voyage jusqu’au bout. Si cela s’explique par une raison pratique, il s’agit également de pragmatisme. Leur fils est mort, il l’a enterré. Les lettres n’ont donc aucun sens. Isabelle y suspend au contraire son destin : les lettres parlent de signes et précisent que leur fils leur apparaîtra. Et les signes arrivent… mais encore faut-il les reconnaitre et y croire.

L’approche esthétique répond d’une même simplicité, Guillaume Nicloux sublimant ses décors et saisissant avec un réalisme confondant deux comédiens qui à aucun moment ne paraissent interpréter quelque texte. Il trouve une juste distance et joue habillement avec l’idée de représentation grâce à une frontalité étonnante. Adroit et aérien, VALLEY OF LOVE s’impose comme une expérience sensible.

Valley of Love - afficheVALLEY OF LOVE
♥♥♥
Réalisation : Guillaume Nicloux
France – 2015 – 92 min
Distribution : Alternative Films
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition

Cannes 2015 signature 2

Mise en ligne initiale le 22/05/2015

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