Unspoken

On 06/12/2009 by Nicolas Gilson

Grace et Lucas forment un couple apparemment complice mais leur relation est emplie de silences. Leur fille a disparu il y a quatre ans. Jamais ils n’en parlent. Le quotidien de chacun est comme parasité par cette disparition et les non-dits commencent à prendre une place bien étouffante…

BIEN INACCESSIBLE ET TROP OPPRESSANT

Avec un travail sur le son le rendant proprement irritant et une captation filmique presque uniquement composée de gros plans UNSPOKEN est un film oppressant. Cette approche stylistique sans concession rend le second long métrage de Fien Troch à la fois irritant et inaccessible. Un scénario plus psychologisant que psychologique est la base bien opaque de ce drame pourtant intrigant.

UNSPOKEN se compose en deux volets ou devrions-nous dire deux mouvements. Le premier qui consiste en la rencontre des personnages et l’esquisse résolument floue de leur situation familiale est caractérisé par une absence complète de donnée musicale alors qu’un souffle constant engendre cependant une impression indépassable d’oppression. Le second mouvement est le basculement psychologique des protagonistes dans un silence invraisemblablement exacerbé par un accompagnement musical. Le montage est rempli de hiatus, d’enchaînements incongrus qui marquent à la fois l’éloignement affectif des protagonistes tout en confrontant leurs délires et leurs recherches éperdues.

Délires oniriques jouant sur l’attention du spectateur, images métaphoriques trop appuyées servent le scénario mais desservent paradoxalement le film. C’est « l’effet stabilo » : l’insistance qui épuise. Stylistiquement UNSPOKEN est intelligemment construit … sans doute trop. Comment adhérer à une logique qui demande trop d’attention, qui ne permet pas de se fondre au basculement psychologique pourtant aussi inquiétant qu’intrigant ? Nous ne pouvons qu’appréhender de manière extérieure un drame résolument intimiste. Et cela est bien dommage.

Emmanuelle Devos et Bruno Todeschini sont pourtant remarquables. De leur jeu respectif transparaissent des doutes qui, bien au-delà des non-dits qui éloignent leurs personnages au point de les séparer, nourrissent le scénario. En donnant vie à ce couple en perdition, ils insufflent au texte un caractère plus encore énigmatique. Leur jeu s’oppose à la mise à distance induite par la réalisation : paradoxe supplémentaire sans aucun doute.

Car cette force d’interprétation semble émaner de la direction d’acteur. Chaque personnage, aussi secondaire soit-il, est porteur de sensations. Il esquisse une atmosphère propre. Il témoigne d’un réel identidaire. Vincent Lecuyer est criant de vérité tout en imposant un climat singulier alors qu’il ne donne vie à un improbable prédicateur qu’au sein de deux très brèves scènes.

Aussi, si UNSPOKEN est un film riche, il n’en reste pas moins difficile d’accès car sa construction est sans concession. Une oeuvre intime, plus qu’intimiste, qui demeure impénétrable.

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