Critique : United States of Love

On 01/04/2017 by Nicolas Gilson

Après un premier long-métrage prometteur (FLOATING SKYSCRAPERS, 2013), Tomasz Wasilewski signe un film d’une froideur incommensurable, cynique et foncièrement mysogyne. S’il le « Dolan Polonais » comme il prend plaisir à se laisser appeler témoigne avec UNITED STATES OF LOVE d’une réelle technicité, il accentue les défauts de son cinéma qui se révèle n’être que tapageur et tape-à-l’oeil. Un « Fashionable Movie » détestable qui nous conduit, comme l’un de ses personnages, à vomir après nous en être pris littéralement plein la gueule à mesure que le « cinéaste » se masturbe. Une déception.

Zjednoczone stany miłości 04 United States of Love - Tomasz Wasilewski © Oleg Mutu

Situant son action alors que les années 1980 se fanent, Tomasz Wasilewski attise d’emblée notre curiosité avec la couleur qu’il donne au film. Un effet délavé, proche de la surexposition qui devient peu à peu obscur dès lors que sa seule raison d’être se révèle platement esthétique – nous pourrions y voir le caractère effacé des archétypes féminins qu’il met en scène à défaut de s’intéresser à leur psychologie ou même à leur ressenti, mais ce serait accorder quelque crédit à sa prétention. Ouvrant son film sur une scène de repas, réunissant trois des personnages sur lesquels il focalise ensuite son attention, il ancre déjà une distance mesquine à leur égard – le léger tremblement du cadre, anéantissant tout effet de fixité, assoit la présence de la caméra et son propre regard observant. Nous découvrons alors la fragilité d’Agata (Julia Kijowska) dont la stature transpire le mal être tandis que la « supériorité » d’Iza (Magdalena Cielecka), la soeur de Mazena (Marta Nieradkiewicz) qui organise la dîner, s’impose. Néanmoins les éléments notables sont d’une part la vénalité (un vrai mari achète un jean so fashion à sa femme) et la rivalité qui réunit et divise tout autant les femmes.

Pourtant, comme le suggère ou l’appuie rapidement la mise en scène, Agata est divisée – Tomasz Wasilewski nous offre un premier plan divisé en deux axes dont la caractère rhétorique n’aura cesse d’être employé. Malheureuse en couple, elle est consumée par son désir pour un jeune et séduisant prêtre (joué sans talent par le petit ami du réalisateur). Ardant secret qui la conduit à trouver auprès de son mari le substrat matériel la conduisant à une jouissance éphémère et mécanique. Un premier portrait horrible, surjoué par Julia Kijowska qui accorde toute sa confiance au réalisateur et qui se met littéralement à nu sans pour autant que nous n’apercevions jamais l’âme de son personnage.

Zjednoczone stany miłości 01 United States of Love - Tomasz Wasilewski © Oleg Mutu

Abandonnant le personnage à son malheur, Tomasz Wasilewski esquisse le portrait d’une femme a priori de caractère : Iza. Entraperçue jusqu’alors, elle est la proviseure de l’école où se rendent notamment la fille d’Agata et celle de son amant dont la femme vient de décédé. Veut-elle se glisser sous les draps encore chauds qu’il ne l’entend pas de cette oreille. La fiche psychologique d’Agata nous laisse-t-elle songeurs que celle d’Iza est proprement pitoyable. À nouveau, alors que le personnage est à vif, le réalisateur s’en délaisse (à moins qu’il ne s’en lasse) préférant se moquer de Renata (Dorota Kolak) l’une des professeurs de l’école, voisine d’Agata et de Mazena. Enfin, pour boucler la boucle, il prétend s’intéresser à cette dernière et clôt pour notre plus grande stupeur sa démonstration onanique par un ultime cadre suggérant la division qui, en plus, réduit le personnage à son cul.

Est-il truffé de petites touches d’humour dignes d’Ulrich Seidl que le scénario developpé par Tomasz Wasilewski est nauséabond et ce non par parce qu’il est sans espoir mais purement et simplement dépourvu de la moindre compassion. Une impression, certes, qui est toutefois irrémédiablement assise par l’approche esthétique. Si nous ne pouvons que louer la radicalité du réalisateur qui ne recourt à aucune musique extradiégétique, il enferme proprement ses personnages au sein du cadre pour mieux les en détacher faisant d’eux des rats de laboratoire. Le mouvement incessant de la caméra est-il du à une faiblesse musculaire du cadreur qu’il engendre un dynamique voyeuriste tandis que la lumière (techniquement admirable) souligne la mise en avant de corps qui sont au mieux pourvus d’états d’âme. Nous invitant à penser à des cinéastes qu’il copie allègrement, Tomasz Wasilewski qui semble ignorer la notion de subtilité n’a pas l’acuité d’un Steve McQueen ni même de son inspirateur autrichien. Et s’il nous arrive de penser à John Cassavetes, c’est avec l’envie inéluctable de pleurer tant UNITED STATES OF LOVE est à l’opposé de son cinéma : Tomasz Wasilewski faisant des femmes des figures diaboliques et exécrables.

ZJEDNOCZONE STANY MILOSCI
United States of Love

Réalisation : Tomasz Wasilewski
Pologne – 2016 – 104 min
Distribution : /
Fashionable movie

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

Zjednoczone stany miłości 02 United States of Love - Tomasz Wasilewski © Oleg Mutu Zjednoczone stany miłości 03 United States of Love - Tomasz Wasilewski © Oleg Mutumise en ligne initiale le 19/02/2016

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