Critique : Une Histoire de Fou

On 08/12/2015 by Nicolas Gilson

Marseillais d’origine Arménienne, Robert Guédiguian revient avec UNE HISTOIRE DE FOU sur le premier génocide du 20 ème siècle, toujours non reconnu par la Turquie, sous l’angle de la révolte. Ouvrant le film sur le procès de Soghomon Thelirian, qui assassinat Talaat Pacha à Berlin en 1921, il acte de la réalité des massacres avant de penser leurs conséquences, plus de cinquante ans plus tard, au regard de trois générations d’Arméniens. L’approche est-elle résolument didactique qu’elle témoigne de la ferveur du réalisateur à transmettre, plus qu’un message, les bases d’un questionnement.

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En guise de prologue, avec l’esthétique classique des cinéastes hollywoodiens, Guédiguian nous plonge dans la réalité du procès de celui qui plaida coupable de l’assassinat du principal responsable du génocide Arménien. Au-delà du choix du noir et blanc, la photographie dans son ensemble et la dynamique de montage offrent à la séquence un caractère vertigineux alors que la réalité du génocide s’impose – rares archives à l’appui. Mettant en scène ce passage historique, oublié ou méconnu, le réalisateur souligne plus encore l’atrocité des massacres par le verdict qui fera de Soghomo Thelirian un héros avant de clore l’introduction sur une tonalité propre au film d’espionnage toutefois surannée.

A la fin des années 1970, Aram Alexandrian (Syrus Shahidi) est révolté alors que la communauté arménienne dont il fait partie est empêchée de commémorer les siens. Il évoque l’Opération Némésis et ceux qui se sont dans l’entre deux-guerres présentés comme les justiciers d’un peuple. Il voit dans la lutte un acte nécessaire et s’engage bientôt dans l’ASALA, l’Armée Secrète Arménienne de Libération de l’Arménie. Il participe à un premier attentat visant à assassiner l’Ambassadeur de Turquie à Paris. L’explosion fera mouche mais blessera gravement un cycliste. Victime collatérale d’une lutte dont il ignore tout, Gilles Tessier (Grégoire Leprince-Ringuet), lui aussi révolté, veut comprendre. A partir de ce point de rencontre, autant que de rupture, Robert Guédiguian croise les points de vue d’Aram, de Gilles mais aussi des parents d’Aram, Anouch (Ariane Ascaride) et, dans une moindre mesure, Simon (Simon Abkarian).

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En partie inspiré du récit de José Antonio Gurriarán*, « La Bombe », le scénario manque certainement de finesse tant son écriture transparaît au point de rendre l’ensemble des plus artificiel. Mais ne serait-ce pas le propre de Guédiguian dans ses films d’époque, comme s’il cherchait à nous contraindre, par la distance qu’il nous impose quant à la notion même de récit, à penser l’Histoire.

Alors que certaines séquences sont symboliquement très fortes et que d’autres se révèlent déchirantes (à l’instar de la rencontre entre Anouch et Gilles Tessier), la mise en scène est plus encore démonstrative qu’elle n’est classique. L’emploi assez surprenant de « Il jouait du piano debout » par France Gall, plaçant l’époque et soulignant la naïveté du personnage qui freudonne les paroles sans leur donner sens, tend rapidement à l’intertextualité. Le dialogue, des plus écrit, permet de conter tout à la fois la douleur d’un peuple et d’une mère – figure universelle que Guédiguian magnifie une nouvelle fois. Serions-nous tenter de sourire par le classicisme de l’approche, sa simplicité, que la sincérité qui en émane n’est peut-être que plus puissante.

*Journaliste espagnol blessé lors de l’attentat commis par l’ASALA à Madrid en 1982, José Antonio Gurriarán a ensuite rencontré le leader du mouvement et soutenu la cause arménienne.

UNE HISTOIRE DE FOU

Réalisation : Robert Guédiguian
France – 2015 – 134 min
Distribution : O’Brother Distribution
Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle Hors-Compétition
Cinémamed 2015 – Panorama

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