Critique : Une Famille Bresilienne

On 15/04/2009 by Nicolas Gilson

« Sao Paulo. 20 millions d’habitants, 200 kms d’embouteillage, 300 000 coursiers. Au coeur de cette ville en transe, quatre frères essaient de se réinventer de manières différentes. Reginaldo, le plus jeune, cherche obstinément son père ; Dario rêve d’une carrière de footballeur, mais l’âge, 18 ans, le rattrape; Dinho se réfugie dans la religion tandis que l’aîné, Denis, déjà père d’un enfant, gagne difficilement sa vie. Leur mère, Cleusa, femme de ménage qui élève seule ses quatre enfants nés de pères différents, est à nouveau enceinte. A l’image d’un Brésil en état d’urgence et en crise identitaire, tous cherchent une issue… »

UNE FRESQUE SOCIALE DEROUTANTE

Coréalisé par Walter Salles – qui signa entre autres Central do Brazil (1998) et Carnets de voyage (2004) – et Daniela Thomas, Une famille brésilienne est un film impressionnant sur un quotidien particulier et au-delà sur la vie et la société brésilienne. Une fresque sociale déroutante qui se révèle foncièrement humaine malgré le misérabiliste à la fois engendré et appuyé par un conditionnement sonore horripilant.

Le duo de réalisateurs propose une approche sans concession du désarrois du quotidien d’un microcosme familial. À l’image de l’éclatement de celui-ci, la structuration du récit et le montage ancre une hypothèse de morcellement qui invite le spectateur à découvrir par ce biais l’âpreté de la réalité de chacun. L’allégorie contenue dans le titre original Linha de passe – qui désigne l’échange de passes au sein d’une équipe de football et donc un jeu collectif – s’avère véhicule de sens. La notion de famille ne cesse d’être mise à mal autant qu’elle prend une réelle signification.

Au travers de la mise en scène une réelle dimension macrocosmique voit le jour. Non seulement autour de la notion de famille, mais bien au-delà. Chacun des membres de la cellule familiale renvoie à une situation générique intelligemment mise en exergue. Sans jamais appuyer un discours direct sur un état de fait qui est loin d’être isolé c’est au travers de la captation même que cela est mis en place. Les passages ponctuels de l’un au multiple s’avèrent ainsi proprement déroutants.

La justesse de la captation filmique n’a d’égal que la mise en scène. La mise à nu des gestes ainsi qu’une logique de cadre serré sur les visages renvoient à une approche documentaire qui insuffle au film un caractère sincère et réaliste. Le jeu des différents comédiens est d’une justesse folle si bien qu’il conforte cette impression de réel.

La photographie s’avère duale et apparaît répondre à la logique psychologique des différents protagonistes. À une luminosité joyeuse et irradiante s’oppose une image sombre et filtrée. Cela engendre un réel contraste qui correspond intelligemment à la dualité animant les membres de la famille.

Cependant l’hypothèse musicale engendre un conditionnement irritant qui dessert l’ensemble du film au point d’engendrer un misérabilisme indépassable. Pénible leitmotiv la composition originale ne permet pas d’appréhender avec pudeur le désarrois qui habite ponctuellement les protagonistes. Au contraire elle appuie avec véhémence une indécence voyeuriste.

UNE FAMILLE BRESILIENNE
LINHA DE PASSE
**
Réalisation : Walter SALLES et Daniela THOMAS
Brésil/USA – 2008 – 113 min
Distribution : Cinéart
Drame

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