Critique : Under Electric Clouds

On 11/02/2015 by Nicolas Gilson

Oeuvre titaniesque d’une pleine poésie UNDER ELECTRIC CLOUDS demande au spectateur toute son attention. Comme certaines grandioses oeuvres littéraires, le film d’Alexey German Jr. demande un temps d’adaptation nécessaire pour se fondre à son atmosphère et à sa narration, pour adhérer à la rhétorique de son auteur. Au fil de sept chapitres, le cinéaste propose un voyage sensible et majestueux à la découverte de son pays gangréné par les fantômes d’un passé tumultueux.

Je parle. Je dis. Je m’exprime.

Alexey German Jr. développe son scénario autour d’un espace qui devient le théâtre de chacun de ses chapitres ; un site aujourd’hui désert et autrefois fastueux où devait s’ériger une oeuvre architecturale d’avant-garde ; un paysage qui symbolisait autrefois les fastes d’un pays qui vend aujourd’hui son âme aux entrepreneurs venus du Japon ou de Chine comme on vend des cartes postales. Une galerie de personnages permet au réalisateur d’esquisser une pluralité de réalités, toutes reliées les unes aux autres, qui ancrent une réflexion sur le devenir de la Russie. Attirant les protagonistes tel un aimant, le lieu définit chacun des protagonistes qui ne peuvent s’en détacher.

Pod electricheskimi oblakami - Under Electric Clouds

Le premier chapitre – Le Discours Etranger – s’impose comme une exigeante chorégraphie où un étranger venu d’Asie erre sur un site aussi sublime que désolant. Il croise une galerie de personnage fantomatique et se retrouve confrontés à toutes sortes de réactions dont certaines aussi gratuites que violentes. Au fil de ses déambulations, muni d’une chaine-hifi portative qu’il cherche à faire réparer, il se saisit de l’élément qui lui est nécessaire pour s’exprimer et ne pas subir : le langage. Un élément nécessaire pour comprendre aussi le monde qui l’entoure et où les idiomes sont nombreux…

Personne ne me voit dans ses souvenirs. Personne ne se souvient de moi.

Cet élément en main, le spectateur tourne les pages et part à la rencontre des Héritiers. Une frère et une soeur, enfants de l’entrepreneur ayant initié le projet avorté, qui ont toujours connu l’opulence. Les visages de la Russie se veulent pluriels et ne cessent bientôt de se redessiner. A l’argent et au pouvoir succèdent alors la pauvreté et les rêves ensorcelant d’un jeune homme qui se replonge chaque nuit dans les années 1990 et y retrouve un ami qui va mourir en 1995, comme d’autres.

Le parcours auquel convie le réalisateur est d’une richesse stupéfiante, confrontant plus encore de point de vues qu’il n’y a de protagonites et ouvrant une réflexion sur un pays qui est en bien des points surréaliste. Offrant au film une lumière changeante, il ancre avec sa caméra un ballet étourdissant qui hypnotise le spectateur s’il consent à s’y ouvrir.

undern electric clouds

UNDER ELECTRIC CLOUDS
Pod electricheskimi oblakami
♥♥
Réalisation : Alexey German Jr.
Russie / Pologne – 2015 – 130 min
Distribution : /
Ventes Internationales : Films Boutique
Réalisme poétique

Berlinale 2015 – Compétition Officielle

slider65BerlinaleUGM

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>