Un Prophète

On 26/08/2009 by Nicolas Gilson

Etrange apparaît être le générique d’ouverture : les noms sont découverts par un effets d’iris, comme si la mise en lumière faisait écho à un battement de cils quasi nerveux. Cette hypothèse sera rapidement exacerbée, confirmant la logique d’occularisation interne. Dans la séquence d’ouverture, le réalisateur ne confronte pas seulement le spectateur au protagoniste principal, il l’invite proprement à fondre son regard au sien. Ainsi en percevant ce que Malik perçoit, le spectateur est au plus près de lui, il ressent son désarroi et peut appréhender le film avec emphase. Une dynamique plurielle, qui repose principalement sur les perceptions visuelles et sonores mais aussi psychologiques. Le spectateur découvre l’univers carcéral à mesure que Malik s’y engouffre. Il l’appréhende à travers lui, de manière directe et violente.

Jacques Audiard met en place un point de vue bluffant presque sans concession. Presque car il sera quelque peu mis à mal, sans que pour autant cela ne brise la dynamique emphatique. C’est que le réalisateur privilégie le caractère narratif …
Toutefois UN PROPHETE est déroutant. Voyage au coeur de l’univers carcéral mais aussi et avant tout voyage au sein de l’esprit d’un détenu. Audiard met en scène le déséquilibre mental du protagoniste, et ce faisant il esquisse l’âpreté de l’incarcération. Comme si l’imagination s’avérait être le seul rempart contre l’aliénation.
Un intelligent chapitrage insuffle au récit une dynamique certaine. Construction épisodique synthétisant six années d’incarcération. Si la modulation temporelle est évidente, le réalisateur ne cesse de la retravailler : accélération, renfort musical, ellipses … Le temps semble faire corps avec l’esprit même de Malik. Certes Audiard n’est pas radical dans cette approche, la musique servant principalement de conditionnement spectatoriel. Cependant celle-ci fait corps avec le protagoniste dans certaines séquences au point de s’effacer complètement. Et comme le spectateur fait corps avec Malik … autant dire que cela fonctionne.
Néanmoins une question de morale s’inscrit. Car si Malik se veut mouton blanc lors de son arrivée en prison, force est de constater que la naïveté n’y a pas sa place. Audiard nous confronte à un univers pourri et corrompu, gangrené et dangereux. Un monde dépeint avec un réalisme cru et affolant – dont la logique échappe ponctuellement. Un monde violent au sein duquel le spectateur entre … jusqu’à s’y fondre.

UN PROPHETE
***
Réalisation : Jacques AUDIARD
France – 2008 – 149 min
Distribution : ABC Distribution
Drame

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