Critique : Un Amour de Jeunesse

On 26/09/2011 by Nicolas Gilson

Camille a 15 ans. Elle est amoureuse. Radicalement amoureuse. Aime-t-elle Sullivan ou n’est-elle que dans la cristallisation des sentiments ? Ceux-ci, en tout cas, sont absolus. Et lorsque Sullivan décide de partir un an en Amérique du Sud, c’est au désespoir que Camille est conduite. A la légèreté de l’amour répond alors la gravité de la mélancolie.

Mia Hansen-Love met au singulier une expression généralement synonyme d’insouciance, d’étourderie voire de futilité. Si les amours de jeunesse esquissent la pluralité de sentiments, l’amour qu’appréhende la réalisatrice conditionne intégralement le devenir de Camille au point d’en être l’essence. Sans Sullivan, Camille perd toute envie, toute raison de vivre.

En s’appuyant sur trois phases temporelles (1999, 2003 et 2007), Mia Hanse-Love esquisse l’évolution des sentiments comme un passage, un basculement. Camille devient femme. Architecte, elle maîtrise ses angoisses liées à l’espace. Elle tient en main sa propre ligne de conduite. Et si elle s’en éloigne c’est pour mieux s’en rapprocher. Le corps de jeune-fille frêle fait place à celui d’une jeune femme assurée.

Entre jamais et toujours, Mia Hanse-Love met en scène une vision absolue de l’amour, servie par une magnifique photographie qui impressionne les sentiments et devient un réel vecteur de sensations.

Car ce n’est pas sur la direction d’acteur qu’il faut compter pour ressentir quoi que ce soit. Les gestes sont froids, chirurgicaux tandis que les dialogues sont récitatifs. Si l’évolution de Camille est notable – bien que grossière, celle de Sullivan est à trouver. Lui qui porte sa vie sur le bout de ses lèvres, n’a aucun crédit en adulte. Mais peut-être est-ce justement là une figure poétique, un hors du temps lié à l’entièreté de l’amour que lui porte Camille.

Lorsque en 2007, les deux protagonistes se retrouvent, ils vont au cinéma. Alors, évidemment, ils n’ont pas la même vision du film. Mais leur échange dialogue résume assez bien UN AMOUR DE JEUNESSE. Alors que Camille est emballée, Sullivan est assassin : « Les acteurs sont agaçants. C’est bavard. C’est complaisant. »

Soyons donc assassins.

UN AMOUR DE JEUNESSE
♥(♥)
Réalisation : Mia Hansen-Love
France – 2011 – 110 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique
FIFF 2011 – Regards du Présent

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