Critique : Two Men In Town

On 05/06/2014 by Nicolas Gilson

Artificiel et démonstratif, TWO MEN IN TOWN prend place dans le désert Texan dont la sublime photographie contraste avec l’épreuve à laquelle s’intéresse Rachid Bouchareb. Il y confronte des protagonistes caricaturaux tantôt porteurs de valeurs humanistes tantôt despotiques et intolérants afin d’esquisser un portrait aussi convenu qu’insipide – et ce malgré la force d’interprétation de Forest Whitaker et Ellen Burstyn.

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William Gardnett (Forest Whitaker) sort de prison après 18 ans d’incarcération. Condamné pour le meurtre d’un policier, il recouvre une liberté conditionnelle. Son agent de probation (Ellen Burstyn) vient d’être mutée dans le bled texan où le retour de William est vu d’un très mauvais oeil par le Shérif (Harvey Keitel). Converti à l’islam et décidé à suivre une nouvelle route, William doit faire face tant au harcèlement du Shérif qu’à celui de son ancien comparse (Luis Guzmán) qui lui veut qu’il reprenne du service.

Après une brève introduction plantant le décors désertique du Sud des Etats-Unis et confrontant le spectateur à la violence du geste pour lequel William a été condamné, Rachid Bouchareb appréhende parallèlement son retour et l’arrivée en cette pleine désertique de son agent de probation. Au fil de leurs interactions, il esquisse leurs caractères. Toutefois bien qu’il se concentre plus particulièrement sur le personnage de William, il ne semble s’intéresser à ses protagonistes que de manière superficielle tant l’écriture est artificielle et démonstrative.

William entre dans le moule et suit les directives dictées par son agent de probation. Si celle-ci s’immisce dans son quotidien, elle s’avère bienveillante malgré le caractère impersonnel et déshumanisant de sa fonction – telle une épée de Damoclès au-dessus de la tête de William. La compassion et la douceur de la femme sont-elles complètement clichées que sa ténacité face au « système » incarné par le Shérif est poignante. Néanmoins hormis quelques tentatives de la mettre en scène dans son intimité, celle-ci n’est jamais dévoilée. Chante-t-elle une chanson improbable de Barbara en nettoyant son arme ou en se délaçant qu’elle n’est jamais mise à nu.

Un constat valable également pour William – les autres protagonistes n’étant que des accessoires tous plus caricaturaux les uns que les autres. Seule sa conversion à l’islam revêt un intérêt et donne au film quelque valeur – en dehors d’un esthétisme aux classiques cartes postales visuelles et sonores.

En effet la religion et ses rites ont donné un sens à sa vie et au-delà en ont guidé le rythme. Sa foi lui permet ainsi de tendre à une réelle ritualisation de son quotidien. Sa mise en liberté devient dès lors une réelle mise à l’épreuve au cours de laquelle la religion est tout à la fois son refuge et l’élément qui témoigne de son combat pour être réinsérer. Car si la religion lui apporte une nécessaire ritualité, lorsque celle-ci est mise à mal c’est sa foi qui est mise en question. Et ce d’autant plus lorsque l’absolu auquel il doit faire face n’est (peut-être) autre que lui-même. Les gestes à dessein chorégraphiés de son rituels transcendent alors sa vérité.

la voie de l'ennemi

TWO MEN IN TOWN
LA VOIE DE L’ENNEMI

Réalisation : Rachid Bouchareb
France / Algérie / USA / Belgique – 2013
Distribution : Alternative films
Drame

Berlinale 2014 – Compétition Officielle

Berlinale-2014mise en ligne initiale le 8/02/2014

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