Critique : Tulpan

On 04/03/2009 by Nicolas Gilson

Asa est introduit auprès des parents d’une jeune fille, Tulpan, dans l’espoir que celle-ci accepte de l’épouser. Mais Tulpan n’aime pas les oreilles d’Asa qu’elle trouve trop décollées, aussi elle l’éconduit. Asa, qui sans femme ne peut prétendre à devenir berger, perd alors le seul espoir de fonder une famille au coeur de steppes kazakhs désertiques …

Tulpan - Sergey DVORTSEVOY

DORMONS COMME UN SONNEUR

Fort d’une splendide photographie et d’une mise en scène réaliste, TULPAN est une charmante rencontre avec et au sein du quotidien d’un jeune berger kazakh, Asa. De cette approche fictive émane une sensation quasi documentaire : nous sommes invité à découvrir des gestes ordinaires ainsi que la révélation du rêve intime du jeune homme.

Une caméra sans cesse en mouvement, souvent très proche des protagonistes, semble simplement en capter l’intensité dans ce qu’elle a de plus beau à offrir : la banalité. Pourtant un enjeu dramatique essentiel prend place : pour vivre de manière indépendante et réaliser son rêve, Asa doit se marier afin qu’une femme s’occupe de sa yourte. Cette femme, son seul espoir, c’est Tulpan. Au coeur de cette plaine désertique des steppes kazakhs les femmes sont rares ; aussi lorsque Tulpan éconduit le jeune homme, celui-ci se retrouve complètement perdu car dépourvu de tout autre espoir. S’en suit alors une remise en question qui sera pour le spectateur prétexte à une rencontre avec la réalité particulière de cette vie nomade.

Rapidement ce mouvement incessant de la caméra devient une sorte de regard démultiplié qui s’avère être le point de vue du réalisateur sur le sujet qu’il appréhende. Ainsi Sergey Dortsevoy nous offre sa vision d’un univers pittoresque. Il invite le spectateur à découvrir, au-delà des attentes et du désarrois d’un individu, un mode de vie particulier. Il est au plus proche des protagonistes laissant suggérer une subjectivité du point de vue.

Parallèlement à cela le réalisme de la captation est poussé à l’extrême, au point de nous confronter à plusieurs agnelages – l’un d’entre eux étant sans doute aussi éprouvant pour le spectateur qu’il ne l’est pour le protagoniste aidant la brebis à mettre bas.

Le fantasme de la ville, et donc de la sédentarisation, est habilement mis en place tant au travers de l’hypothèse visuelle – des images de magazines nourrissent ce fantasme, entre collage et envol empli de lyrisme, donnant à la ville un statut hybride – que de l’hypothèse dialogique. Il sera même un des enjeux du film. Mais si, dans son ensemble, TULPAN est un film à la fois bien réalisé et plein de sens, il faut lui reconnaître un défaut majeur : celui de susciter chez le spectateur une notion d’ennui proche de la stase.

Et les quelques pointes d’humour qui parsèment le film – malgré l’improbable présence de la musique du groupe Abba – ne suffisent pas à entraîner le spectateur au coeur de cette aventure humaine…

Tulpan

TULPAN
*
Réalisation : Sergey DVORTSEVOY
Allemagne/Kazakhstan – 2008 – 100 min
Distribution : Benelux Film Distributors
Comédie (dramatique)
Enfant admis

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