Critique : Tu veux ou tu veux pas

On 26/09/2014 by Nicolas Gilson

Un tel titre, c’est tenter le diable ; un tel casting, c’est le chercher. TU VEUX OU TU VEUX PAS, on n’en fera pas une maladie. Seulement une indigestion. Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu pour mériter ça ?

Judith (Sophie Marceau) est nymphomane, Lambert (Patrick Bruel en mode Don Jon) est dépendant sexuel. Le hasard les conduit à se rencontrer et à former un duo d’escrocs. Lui, qui était auparavant près à baiser n’importe qui, prétend qu’elle n’est pas son genre. Sans surprise, comme il lui résiste, elle l’adore. Un homme, une femme… et une pauvre possibilité !

Sophie Marceau Patrick Bruel Tu veux ou tu veux pas

Donc vous pensez que je suis bonne, vraiment ?

Tonie Marshal tient un sujet un or qu’elle polit à outrance. Décidant d’aborder sous l’angle de la comédie les pulsions sexuelles que d’aucuns considèrent (jugent?) comme une pathologie, elle inverse la logique commune. En effet, le personnage de Lambert n’arrive plus à assumer ses élans sexuels ou pour le moins il décide les réprimer. Aussi, à l’instar des protagonistes de THANKS FOR SHARING (autre comédie ratée sur la même thématique) il se entame une cure de « désintoxication » auprès d’un groupe de partage et devient (comme par magie) conseiller conjugal. A l’inverse, malgré les conséquences que cela peut avoir sur sa vie professionnelle, Judith répond à son désir et cherche à le combler avec « plusieurs coups, plusieurs soirs ».

Au terme de nymphomanie, Tonie Marshall (ou la production) préfère « sexualité débridée ». Et c’est bien dommage, car au fil du développement narratif, à aucun moment, elle ne prend position quant à la liberté féminine et l’émancipation apportée par une sexualité assumée, soit-elle singulière ou pléthorique. Aucune critique à l’égard d’un terme qui condense tout un jugement sociétal (patriarcal?) à l’égard des femmes qui connaissent une « exagération » de leur désir sexuel. Au contraire. TU VEUX OU TU VEUX PAS, derrière ses airs de comédie, est extrêmement moralisateur. La finalité de la rencontre est sans étonnement amoureuse et assoit le couple comme seule valeur d’équilibre.

« Le couple » dont la réalisatrice s’amuse à proposer une pluralité à travers un ballet de situations clichées et caricaturales. Si l’on peut s’amuser de découvrir la liberté et l’épanouissement sexuel de deux catholiques qui cherche à sauver la pureté de l’hymen de la jeune femme jusqu’au mariage, l’image de l’homosexualité (uniquement masculine) est déplorable. Pour Tonie Marshall, les couples homosexuels sont identiques au hétéros mais en pire – un pas en avant, deux pas en arrière. Une impression qui devient douteuse lorsque le personnage de la mère de Lambert (une Sylvie Vartan figée comme jamais) confond tout bonnement transidentité et homosexualité – deux sujets qui demeurent à ses yeux comme un tabou absolu. Un élément mis en place par la réalisatrice sans qu’elle ne le développe – et qui en devient d’autant plus gauche.

Tu veux ou tu veux pas

L’approche se veut légère et artificielle. L’ensemble est d’une rare balourdise. D’entrée de jeu rien n’est crédible. On découvre Judith qui se fait « tringler » sur son lieu de travail sans pouvoir accorder à la scène le moindre crédit. Sophie Marceau qui simule très gauchement un orgasme donne le ton. La mise scène est tellement affectée qu’elle en devient risible. On est proche de l’excès sans y plonger – ce qui rend certaines séquences pitoyables à l’instar d’une improbable rencontre avec Jean-Pierre Marielle.

Tonie Marshall donne vie à un petit théâtre affligeant au sein duquel l’actrice française semble s’objectualiser elle-même. À l’âge de raison, l’actrice ressort ses éternelles mimiques avec l’assurance d’une performeusede table-dancing, la bouche toujours entrouverte. Assume-t-elle par là la caricature de son propre jeu qu’on a du mal à lui donner le moindre crédit. Faisant de ses attributs physiques sa seule palette d’interprétation, le premier degré qui en transpire est d’un pathétique… Face à cette fresque épouvantable, la seule position à adopter est sans doute celle jugeante et moralisatrice de Micheline Presle qui fait une apparition (figée) à la fin du film : la stupéfaction.

Bref, TU VEUX OU TU VEUX PAS, on n’en veut pas. Ce qui n’empêche pas de souhaiter à Tonie Marshall – qui a tout de même signé VENUS BEAUTE (INSTITUT) (1999), ENFANTS DE SALAUD (1996) ou encore PAS TRES CATHOLIQUE (1994) – des lendemains qui chantent.

tu veux ou tu veux pas - affiche

TU VEUX OU TU VEUX PAS

Réalisation : Tonie Marshall
France / Belgique – 2014 – 87 min
Distribution : Alternative Films
Comédie

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