Critique : Tropa de elite

On 12/08/2008 by Nicolas Gilson

Nascimento fait partie du BOPE, la brigade d’opérations spéciales de police. Alors qu’il doit diriger une opération de nettoyage des favelas de Rio, contrôlées par les trafiquants de drogue, afin d’assurer la sécurité du Pape, il devient père et se cherche un remplaçant afin de pouvoir quitter la brigade. Il place son espoir sur deux jeunes recrues qui, au coeur d’une lutte sans merci, découvrent la corruption policière et la réalité du terrain …

UNE ATROCE REALITE

Fort d’un bagage documentaire, José Padilha signe avec Tropa de Elite un premier long métrage bouleversant. Avec une image en caméra épaule il donne à son film un caractère direct qui semble sans concession. Il y a au coeur même du cadrage une impression d’agressivité et de nervosité qui met le spectateur mal à l’aise tout en lui donnant le sentiment d’être confronté à la réalité du quotidien des favelas de Rio. La captation est proche du documentaire, avec une image sale, brute. La caméra est hésitante, oscillant d’un personnage à l’autre ou balayant l’espace comme y cherchant des repères.

Et si le contenu narratif des séquences est choquant, ce qui est dérangeant relève de l’agressivité même du jeu et de la mise en scène. Le sang ne cesse de couler, les séquestrations semblent réalistes. Le spectateur se retrouve lui-même comme torturé. Il ne peut détourner le regard ou nier le caractère abjecte de ce qui prend forme sous ses yeux.

tropa de elite

Pour le guider une voix-over à la fois narrative et explicative prend place dès l’ouverture du film. L’homme qui se livre et qui permet la lecture des séquences est Nascimento, un policier membre du bataillon des opérations spéciales de police – le BOPE. Divisé entre sa vie personnelle et professionnelle, il se cherche un successeur afin de pouvoir se ranger et quitter son poste. Le point de vue qu’il adopte sur la réalité brésilienne s’en trouve enrichi. Le hiatus cependant que cela présente est le caractère omniscient qui lui est donné. Il commente des situations dont il ne peut être le témoin, mais plus que souligner un problème de point de vue cela donne une film une dimension proprement macrocosmique. Ainsi les situations présentées prennent une ampleur terrifiante.

Le montage traduit le plus souvent un sentiment d’agressivité et de désarroi : succession de gros plans et sautes d’images. Le spectateur se retrouve ainsi perdu face à un enchaînement de situations plus troublantes les unes que les autres. Le son quant à lui est extrêmement travaillé. Il ne présente jamais le caractère direct des images. Les recours musicaux sont pluriels mais ne sont jamais gratuits. Aussi l’hypothèse sonore devient-elle elle-même acteur du film à part entière. Les sons stridents traduisent le désarroi psychologique tandis que le silence fige les conséquences des actes. Une musique de fosse ponctuelle permet cependant une évasion basique, sans quoi Tropa de Elite serait sans doute beaucoup trop violent.

Mais cette violence se révèle être celle d’une réalité oubliée que José Padilha éclaire à nouveau. Le contexte au sein duquel la trame narrative du film s’inscrit – visite du Pape au coeur des favelas en 1997 – s’avère d’ailleurs révélateur d’une logique en oeillère écoeurante.

TROUPE D’ELITE
Tropa de Elite
***
Réalisation : José PADILHA
Brésil – 2008 – 115 min
Distribution : Benelux film Distributors
Drame

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