Trois Mondes

On 04/12/2012 by Nicolas Gilson

Catherine Corsini croise le destin de trois protagonistes et met en scène autant de mondes. De cette confrontation naît une photographie sensible de notre société où les enjeux de classe sont inexorables. TROIS MONDES est tout à la fois une tragédie et une fable, et ne peut que nous bousculer.

Le film s’ouvre sur une impressionnante scène de complicité où trois amis aussi ivres qu’enivrés font virevolter leur voiture sur le parking d’une boîte de nuit avant de prendre la route. Mais l’excitation fait place à l’effroi : Al (Raphaël Personnaz), le conducteur, percute un piéton. Il s’arrête, hésite, et sous les conseils de son ami Franck (Réda Kateb), il s’enfuit. Juliette (Clothilde Hesme), qui était à sa fenêtre, à tout vu. Elle s’encourt dans la rue et appelle les secours. Véra (Arta Dobroshi), l’épouse de l’homme renversé, lui en est reconnaissante au point de sembler l’adopter.

En prémisse à l’accident, l’intimité de Véra et celle de Juliette sont brillamment dévoilées avec économie. L’une est une immigrée moldave, l’autre une étudiante en médecine et chacune transcende une réalité. Si l’accident réunit les trois protagonistes, il opère un basculement dans leur vie qu’ils vont tous remettre en question.

Catherine Corsini construit habilement son film. Trois réalités (actées tant dans l’écriture qu’au montage) n’en forment plus qu’une. Les enjeux prennent place peu à peu et se complexifient selon l’évolution des protagonistes qui se retrouvent enlisés dans un même mouvement. L’accident, tel un choc sismique, a remis en cause leurs racines, leurs valeurs et leurs espoirs aussi.

Al, issu de la classe moyenne, est sur le point d’épouser la fille de son patron et de devenir le gérant de l’entreprise familiale, et il perçoit son délit comme un élément pouvant anéantir son évolution… Immigrée et à peine tolérée, Véra remet en cause de manière frontale la société française. Juliette semble intégrer le malheur qu’elle découvre et se retrouve dans une position trouble de justicière dépassée par les évènements.

La justesse et la concision du titre sonnent comme un couperet. Les trois protagonistes ont le même âge mais pas la même vie. Ils n’ont pas les mêmes armes, ils n’ont pas vécus les mêmes expériences et leurs quotidiens n’ont rien de similaires. Pourtant l’accident qui les réunit les transportent sur un même plan et ne peut que les – et nous – forcer à questionné la société.

La réalisation est maîtrisée. Catherine Corsini parvient à rendre palpable la complicité entre les protagonistes, leurs émois et leurs interrogations. L’approche est réaliste et sensible. La direction d’acteur est d’une rare qualité.

La musique (composée par Grégoire Hetzel), présente dès la scène d’ouverture, est porteuse de sens au point d’apparaître comme un protagoniste en tant que tel voire de devenir le narrateur du film.

TROIS MONDES
♥♥♥
Réalisation : Catherine CORSINI
France – 2012 – 101 min
Distribution : Lumière
Drame

FIFF 2012 : Compétition Long-métrage
Cannes 2012 : Un Certain Regard

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