Sur le tournage de… La Part Sauvage

On 11/04/2017 by Nicolas Gilson

LA PART SAUVAGE

Un parcours intime et un combat par Guérin van de Vorst

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« La part sauvage » raconte le parcours intime de Ben, délinquant de 28 ans en pleine crise existentielle, au moment où il sort de prison après 3 ans d’enfermement. De travail de réinsertion en petites récidives, d’amitiés sincères en tentation intégriste, Ben va mener combat pour résister à la haine, et retrouver sa dignité d’homme libre.

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Diplômé en 2004 de l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) où il a suivi une formation en réalisation, Guérin van de Vorst expérimente le cinéma au gré de ses rencontres. Il se montre passionné par ses sujets comme le SDF qu’il suit au fil de son documentaire RETOUR A LA RUE (2005) qui deviendra par la suite objet de fiction (2007) – deux projets encadrés par l’AJC!, tout comme PUTAIN LAPIN (2010) dans lequel il dirige Ingrid Heiderscheidt. Il se risque à la comédie avec OSEZ LA MACEDOINE (2014) ou PAS PLUS CON QU’UN STEAK (2015), et semble tant à l’aise avec le drame LA PART SAUVAGE (2012) qu’avec le « documentaire de création » ou de production télévisuelle (il participe notamment au projet Babel Express). LA PART SAUVAGE (titre provisoire) est son premier long-métrage de fiction.

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Rencontre avec le réalisateur

Comment présenteriez-vous le film ? - C’est l’histoire de Ben, un jeune homme de trente ans, qui vient des quartiers nord de Bruxelles dans lesquels il a grandi. Quand il était adolescent, il a sombré dans la délinquance, puis il a fait un enfant très jeune, à dix-huit ans et il est allé en prison. Quand le film démarre, c’est le moment où il sort de prison. Il n’a qu’une idée en tête, c’est renouer avec son fils de dix ans qu’il n’a pas vu depuis trois ans. Mais ça ne vas pas se passer comme prévu, car en chemin, il va faire de mauvaises rencontres.

Combien de temps vous a pris l’écriture et la préparation de ce premier long-métrage ? - Il y a eu quatre ans entre la première ligne écrite et le premier jour de tournage. L’écriture s’est étalée sur toute cette période, mais il a fallu aussi le temps de trouver les fonds de financement. Mon producteur, Benoît Roland de Wrong Men avait déjà produit mes deux précédents courts-métrages LA PART SAUVAGE et OSEZ LA MACEDOINE. Et donc, c’est tout naturellement qu’on a continué à travailler ensemble.

Ton premier court-métrage s’appelait aussi « La Part Sauvage » ? - Oui. En fait, le titre du long c’est un titre de travail et le film finira sûrement par s’appeler autrement. Mais il y a des échos entre ces deux films et c’est jusqu’à maintenant, le meilleur titre qu’on ait trouvé pour le projet.

Est-il difficile de choisir un titre ? - Bien sûr. Parce qu’on sait l’importance que ça a et j’ai l’impression que si l’on ne l’a pas toute suite au démarrage de l’écriture, on peut avoir du mal ensuite, à le trouver. Il faut arriver à être juste. Ce n’est pas un exercice facile de trouver le bon titre qui donne envie d’aller voir le film.

Quel a été le point de départ de l’écriture du scénario ? - Tout est arrivé par l’histoire qu’un ami m’a raconté. Un jour, son père est venu le chercher à l’école, quand il avait dix ans. Il ne l’avait pas vu depuis très longtemps et son père lui a fait vivre une suite d’expériences transgressives. Je me suis demandé quelle vie pouvait avoir ce père qui avait l’air déséquilibré et un peu marginal. Et ça, ça a été le point de départ de mon écriture. J’ai écrit sur ce sujet pendant au moins un an et il m’a semblé assez probable que ce type de personnage puisse être approché par un prédicateur. En étant en perte total de repères, il était plus vulnérable et plus accessible à un prédicateur par rapport à un autre. Le portrait psychologique du père s’étoffait par rapport à ça. L’Islam radical fait parler de lui dans notre société au point d’imprégner notre réalité aujourd’hui. Donc c’est venu assez naturellement au court de l’écriture.

Comment vous êtes-vous nourri par rapport à ce sujet délicat ? - J’ai lu pas mal sur le sujet, j’ai contacté Hugo Micheron qui est spécialiste de l’Islam et du monde arabe contemporain. Il est en train de faire une thèse sur l’Islam radical et il a vécu plusieurs années en Syrie avant même la naissance de Daesh. Il passe ses journées à rencontrer des prédicateurs dans les prisons, dans les quartiers, en France et en Belgique. Il a accepté de lire mon scénario et de le décortiquer avec moi. Il m’a dit là où j’étais juste et là où j’étais à côté de la plaque. Et donc ça m’a permis de faire une réécriture beaucoup plus affinée par rapport à la première version. Ça a été une rencontre importante pour moi. (…) J’ai rencontré la mère d’un jeune djihadiste dont le fils était mort en Syrie. Et aussi un copain qui est prof dans école secondaire – un des djihadistes qui s’est fait sauter à Zaventem était dans sa classe. Donc il a pu me parler de sa manière de se comporter, de comment il était avant les attentats. Tous ces témoignages, de gens proches ou moins proches, spécialistes ou non, m’ont aidé à enrichir le scénario.

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Le point de vue du spectateur vous apparaît-il important tout au long du processus créatif ou mieux vaut-il ne pas y songer ? - Je dirais que ça dépend des sujets. Ici, avec la question de l’islamisme radical évidemment que je me pose la question de la manière dont ça va être reçu. J’essaie donc de faire une proposition de cinéma fine et pertinente par rapport à ce sujet-là. Il faut qu’elle raconte quelque chose. Donc oui, je me pose la question du spectateur. Je crois que je me la pose pour tous mes films. Il y a des phases où c’est important de mettre cela de coté, de faire une plongée en soi et de voir ce qu’il en sort, mais, avant la réalisation, je crois que c’est bien à un moment ou à un autre de se poser la question du spectateur. (…) Concernant la rencontre du film avec le public, ça voudra dire que le film sort en salle donc ce sera déjà en soit, une victoire. Mais je ne suis pas très inquiet.

Qu’est-ce qui a influencé vos choix esthétiques ? - J’ai été assez influencé par les films indépendants américains des années 1970 notamment PANIQUE A NEEDLE PARK de Jerry Schatzberg et d’autres films américains indépendants et new-yorkais. Plus récemment, il y a PARTY GIRL de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis m’avait beaucoup impressionné. Je l’ai fait voir à mon chef-op, Joachim Philippe, et on en a beaucoup discuté.

Comment cette influence-là se transcrit-il dans la réalisation ? - Dans le découpage où l’on a essayé d’être plus mobiles que dans mes courts. D’avoir quelque chose de moins posé, de moins vissé. Une caméra plutôt légère, plutôt mobile, des couleurs. On avait beaucoup de décors et beaucoup d’acteurs à mettre en scène et on était très serré au niveau du temps, donc c’était assez sportif. On en pouvait pas multiplier les prises et les angles de vues, mais on partait avec ce désir là. Pour bouger plus facilement, on n’avait pas de matériel d’éclairage trop lourd et on avait une équipe légère. Comme on était souvent dans des espaces exigus, on a essayé le plus possible d’éclairer de l’extérieur les décors intérieurs pour laisser le champ libre et ne pas le charger en matériel d’éclairage.

Joachim Philippe a déjà signé la photographie de vos courts-métrages. Comment vous êtes-vous rencontrés ? - On s’est rencontré dans un night shop du centre ville, il y a 15 ans. On avait tous les deux fait un documentaire sur le même clochard et il nous a présenté. Ça fait 10 ans qu’il est deuxième assistant caméra sur les films de Ken Loach et il a fait la photo du superbe documentaire WAINTING FOR AUGUST qui a gagné un prix à Sundance. Il a aussi fait la photo du dernier documentaire de Jonathan Littell WRONG ELEMENTS produit par Wrong Men également.

Vous êtes donc passé du documentaire à la fiction ? - En fait, en sortant de l’IAD, j’avais ce projet de documentaire avec lequel je voulais suivre le quotidien d’un clochard du centre ville de Bruxelles. L’IAD n’a pas voulu me soutenir pour ça et j’ai décidé de le tourner tout seul, sans argent, avec ma petite caméra. Mais j’avais déjà réalisé des fictions dans le cadre de mes études. J’ai du faire un autre documentaire pour mon film de fin d’année car sur les huit étudiants en réalisation, seuls quatre pouvaient bénéficier du budget pour tourner une fiction. Au final je suis content de l’expérience. Il n’y a pas d’expérience négative même si j’aurais bien aimé porter à l’écran le scénario que j’avais écrit pour mon fin d’étude.

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Envisagez-vous de la musique originale pour LA PART SAUVAGE ? Et dans ce cas, à qui allez-vous en confier la composition ? - Oui, j’ai demandé à Manuel Roland, qui a fait la musique de tous mes courts, à qui j’ai associé  Maarten Van Cauwenberghe, un musicien flamand absolument formidable. Ils sont amis tous les deux et je pense qu’ils vont très bien se compléter.

Cette décision de faire composer la musique est apparue à quel moment ? - C’est arrivé dès l’écriture. J’avais envie d’une musique qui viennent accompagner l’évolution psychologique du personnage. J’ai pensé à la musique à l’écriture mais plus du tout pendant le tournage. C’est une question que je voulais laisser pour plus tard. On est tellement dans le feu de l’action à ce moment-là que je n’étais même plus sûr qu’il faille de la musique. Et au montage effectivement, cette envie de musique est revenue.

Les compositeurs ont-ils commencé leur travail avant le montage ? - Au tout début du montage, ils ont reçu des bouts de film pour leur donner de l’inspiration. Et puis on a fait une première petite cession de travail pendant laquelle ils n’avaient pas de vue d’ensemble du film. Ils avaient lu le scénario mais je leur ai, au départ, assez peu donné d’indications. Et donc ils ont déjà fait des premiers essais. Là je les ai mis en stand by car, pour aller plus loin que leurs premiers essais, ils doivent avoir une vision globale du film et voir ce qui se raconte dans la globalité. Mais au montage, on travaille déjà avec des musiques temporaires.

Y a-t-il des musiques intradiégétiques dans le film ? - Oui il y a « Chandelier » de Sia. Ça s’est choisi au moment de l’écriture. C’est un morceau qui est extrêmement euphorisant et qui a pour thème le suicide. Le suicide d’une fille qui se saoule quand vient la nuit. Et on se rend compte qu’elle se saoule pour oublier. Et c’est quelque chose qui pouvait porter le personnage de Lucie interprété par Salomé Richard. (…) Le risque de la musique, c’est qu’elle mange tout et donc ce n’est pas évident d’insuffler la bonne dose au film. Mais je fais confiance à mes compositeurs pour faire ce qu’il faut. Après c’est souvent sur les images du film que les choses se concrétisent et s’affirment.

Comment s’est passé le casting ? - Il y a eu un casting français et un casting belge. En France, Christel Baras a dirigé le casting. En Belgique, c’était Michaël Bier et Doriane Flamand. Assez vite j’ai pensé à Vincent Rottiers comme personnage principal. J’ai pensé à lui au début de l’écriture et j’ai continué à écrire le rôle en pensant à lui. Je l’ai contacté quelques mois avant le tournage quand j’ai été sûr que le projet allait se faire. Il a tout de suite été emballé par le scénario. Pour les personnages secondaires, j’ai pris pas mal de belges et de français sans trop me contraindre dans mes choix au niveau des nationalités. J’ai pris les acteurs qui me paraissaient être les meilleurs pour les rôles.

Vous offrez un vrai second rôle à Salomé Richard ? - Elle a aussi quelque chose de très particulier. Une façon d’être, une voix, quelque chose de non conventionnel qui m’a bien plu. Elle a un côté indomptable comme Vincent. Mais qui s’exprime de manière différente. On sent plus la faille chez Vincent et Salomé est quelqu’un de solide à priori. Je l’avais vue dans les films de Rachel Lang. J’ai quand même fait passer un casting à d’autres filles pour ce rôle-là, mais Salomé se démarquait très nettement.

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LA PART SAUVAGE
Réalisation & Scénario : Guérin van de Vorst
Avec : Vincent Rottiers, Salomé Richard, Sébastien Houbani, Joahn Libereau, Walid Afkir
Production : Wrong Men (Belgique) & Chevaldeuxtrois (France)
Producteur délégué : Benoît Roland (Wrong Men)

Image : Joachim Philippe
Premier Assistant Réalisateur : David Baldari
Son : Fabrice Osinski, François Aubinet, Charles De Ville, Philippe Charbonnel
Montage : Nicolas Rumpl
Décors : Laïos Hendrickx
Costumes : Frederick Denis
Musique originale : Manuel Roland, Maarten Van Cauwenberghe
Casting Belgique : Michael Bier, Doriane Flamand
Coproduction : Jérémy Forni (Chevaldeuxtrois)

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Filmographie Guérin van de Vorst (réalisation)
LA PART SAUVAGE (titre provisoire) (LM – fiction – 2017)
PAS PUS CON QU’UN STEAK (CM – fiction – 2015)
OSEZ LA MACEDOINE (CM – fiction – 2014)
LA PART SAUVAGE (CM – fiction – 2012)
ULYSSE (CM – documentaire – 2011)
PUTAIN LAPIN (CM – fiction – 2010)
RETOUR A LA RUE (CM – fiction – 2007)
CLUB CAVAL (CM – documentaire – 2007)
RETOUR A LA RUE (MM – documentaire – 2005)
LE PAYS NOYE (CM – documentaire – 2005)
LES BALADINS DU MIROIR (CM – documentaire – 2004)
LE TROUBLE D’ANNA (CM – fiction – 2003)

UGM_Sur_Le_Tournage_de_La_Part_Sauvage_08_Alice_KholInterview : Nicolas Gilson – Photos de tournage : Alice Khol – Coordination : Aurélie Losseau

 

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