Critique : Tokyo Fiancée

On 02/10/2014 by Nicolas Gilson

Sympathique adaptation du roman d’Amélie Nothomb « Ni d’Eve ni d’Adam », TOKYO FIANCE transcende avec panache l’exaltation du double littéraire de la romancière. Stefan Liberski transcrit avec habilité son univers oniro-réaliste au cinéma tout offrant à Pauline Etienne un rôle charnière : la jeune fille devient femme à l’écran en incarnant un personnage rêveur, passionné et, déjà, mélancolique.

« J’avais 20 ans, je voulais être japonaise »

Amélie est née et a grandi au Japon avant de le quitter, encore enfant, pour la Belgique. À 20 ans, elle se rêve japonaise et retourne sur l’île. Professeur particulier de français, elle a bientôt les faveurs de son premier (et unique) élève, Rinri. Avec lui, Amélie découvre un autre visage de Tokyo tandis que se pose une question : pourra-t-elle être, aux yeux de tous, une véritable nippone.

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Nous fondant d’entrée de jeu au regard de son personnage, Stefan Liberski conjugue son film à la première personne. Une série de cartes postale ouvre le film, plaçant le décor tout en traduisant l’excitation d’Amélie dont nous sommes de facto les confidents. Afin de transposer au mieux la tonalité du roman, le réalisateur recourt à une voix-over comme lien direct entre le spectateur et sa protagoniste. Amélie se raconte ou se projette tout en portant sur elle un regard distancié selon la logique du commentaire – attestant, le plus souvent, de malice et de second degré. Une logique dont use sans crainte Liberski qui compose une séquence musicale proprement kitsch qui fera anthologie.

Le scénario, truffé d’humour, se construit selon une ligne chronologique. Il est dynamisé par les interventions de l’héroïne qui rendent estompent les ellipses ou leur donnent vie. Les projections de l’imaginaire d’Amélie sont autant de parenthèses qui amusent tout en amenant un contre point qui, malgré elle, dessine a frontière qui se tisse entre désir et réalité. L’orchestration musicale, ludique et enfantine, nourrit gracieusement cette double dynamique.

Au fil du récit, Liberski met en scène l’éveil d’Amélie à elle-même notamment à travers sa découverte de l’amour et de la sexualité. Il module ainsi ponctuellement la tonalité de son approche, capturant merveilleusement l’instant où une fille devient femme. Il saisit ainsi l’absence, pourtant imperceptible pour son partenaire, de celle qui s’abandonne pleinement et se découvre.

En incarnant cette héroïne – entre la pure fantaisie, l’amusement et un réaliste presque cru – Pauline Etienne est éblouissante. Le parcours de son personnage apparaît être le sien : celui d’une jeune fille qui s’abandonne, se met à nu et qui, se livrant à son réalisateur (et à nous), naît femme. Espiègle et entière.

Tokyo Fiancée
TOKYO FIANCEE
♥(♥)
Réalisation : Stefan Liberski
Belgique / France / Canada – 2014 – 98 min
Distribution : O’Brother Distribution
Comédie

FIFF 2014 – Compétition Officielle / Film d’ouverture

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