Critique : Tokyo Anyway

On 28/09/2014 by Nicolas Gilson

Portrait croisé de quatre amis trentenaires, TOKYO ANYWAY séduit par son énergie et sa sincérité. Au fil de son premier long-métrage, Camille Meynard prend le pouls d’une génération peu encline à entrer dans le moule qui cherche encore à rêver, à vivre ses rêves. Il promène sa caméra sur ses protagonistes tel un stylo sur les pages blanches des possibles dont l’encre serait in fine la personnalité de ses comédiens.

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Armel, Faustine, Camille et Félix évoluent à Bruxelles. Le premier semble en fuite de lui-même, préférant une certaine marginalité à la fatalité de l’embourgeoisement auquel il serait prédestiné. Fonctionnaire européenne, Faustine voudrait changer le monde mais se rend compte du poids des lobbys. Camille et Félix vivent en couple dans un appartement cloisonné. Indépendante, elle conjugue pourtant le verbe être à la première personne du pluriel tandis qu’alors qu’il rame depuis plusieurs années, Félix décroche enfin un gros contrat de mannequinat qui lui demande de s’envoler pour le Japon. L’anniversaire de Camille, qui souffle sa trentième bougie, les réunit face à eux-mêmes, hantés par le fantôme d’une amie disparue il y a un an.

A la fois trop et pas assez écrit, partagé entre des situations entendues et un réalisme troublant, TOKYO ANYWAY se veut sensible et sensationnel. L’improvisation manifeste de certaines séquences jure-t-elle face à une ponctuelle artificialité – ou est-ce l’inverse – que ce caractère brut, abrupte et somme toute sauvage confère au film une de ses forces. Pourtant, a priori, c’est là sa faiblesse : Armel le rebelle et Faustine la diplomate sont des reflets contraires, de même que Camille et Félix, divisés entre le « je » et le « nous ». Les bases scénaristiques sont presque rhétoriques – si l’univers parlementaire manque de crédibilité, la grossesse de Camille tient du cliché. Toutefois chaque personnage est attachant, peut-être justement parce que ce trait, en apparence grossier, le rend commun.

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Chacune des situations est prise à vif. L’acuité à la mise en scène et à diriger les acteurs dont témoigne Camille Meynard est manifeste. La photographie a quelque chose d’organique. Très proche des protagonistes dont il se distancie habilement pour en souligner le trouble ou les failles (évitant ainsi tout pathos), le réalisateur paraît les observer. Il les appréhende en électrons libres, dans la banalité d’un quotidien dont les uns et les autres ignorent l’amertume, les doutes ou l’exaltation. Après tout, célibataire ou en couple, tout individu n’est-il avant pas tout face à lui-même et à ses démons ?

Les quatre protagonistes participent à une même partition qui, lorsqu’ils se réunissent, devient une réelle symphonie. Les silences font face à l’apparence, les jugements nourrissent le manque d’assurance. L’amitié est-elle un temps remise en cause qu’elle s’impose comme salvatrice. Retrouvant, ensemble, l’allégresse passée, les comparses tournent une page. Sont-il prêts à faire un deuil nécessaire qu’ils chantent communément la pérennité de leurs utopies.

Tokyo anyway

TOKYO ANYWAY

Réalisation : Camille Meynard
Balgique – 2013 – 71 min
Distribution : Stenola
Comédie dramatique

FIFF 2013 : Compétition Emile Cantillon

TOKYO ANYWAY un film de Camille Meynard – OFFICIAL TRAILER from Stenola on Vimeo.

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Tokyo Anyway - Armel

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