Critique : To the Wonder

On 29/05/2013 by Nicolas Gilson

Après les dinosaures et les brins d’herbe, Terrence Malick sublime les tortues de mer, les buffles et le ciel dans TO THE WONDER. Le numérique et la légèreté qui en découle offrent au réalisateur la possibilité de filmer énormément, de composer organiquement avec la caméra (ses mouvements, ses valeurs de plans) et de recomposer ensuite, au montage, une oeuvre singulière qui, comme THE TREE OF LIFE, tient de l’expérience ou de la pure épreuve. En s’émancipant d’un récit qui demeure palpable (et grossièrement intelligible) afin de tendre à la pure émotivité, Terrence Malick n’épuise pas que sa matière. Un calvaire.

To the Wonder - Rachel McAdams

« Tu m’as sorti des Ténèbres. Tu m’as ramassé du sol. Tu m’as ramené à la vie. »

En voix-over, une femme s’adresse au passé à un amour qui déjà paraît l’être. Pourtant, sur l’écran, ce sont les images de l’éveil de cette liaison qui prennent place. La France et ses fantasmes, de Paris au Mont-Saint-Michel, s’affichent. Malick donnent à voir une romance plus commune et clichée que vertigineuse. Les mots se succèdent, se suppléent, s’évaporent. La caméra s’envole, se veut hypnotique, frôle l’onirisme : le réalisateur cherche à transcender l’émotion, les sensations vécues – celles-là mêmes qui sont évoquées. Toutefois, déjà, on nage en plein pathos. Un pathos dans lequel les protagonistes étouffent ou se noient. Un pathos assassin.

«  – Pourquoi tu es malheureuse ?
– je ne sais pas. »

Pourtant la mobilité de la caméra et les modulations esthétiques esquissent une « corporalité », comme si Malick captait les personnages dans leurs mouvements et leur émotivité. Aucun scénario ne semble transparaître tellement le réalisateur tend à la photographie d’une réalité fragmentée. Il met ainsi en scène une succession d’états rendus intelligibles par leur caractère éculé et monstratif ou par les interventions en voix-over. Marina (Olga Kurylenko) et Neil (Ben Affleck) vivent une histoire d’amour conditionnée par le temps et l’insistance de la part de la femme d’asseoir cette relation : Marina qui a rejoint Neil aux Etats-Unis, dans une bourgade moins idyllique que dans son imaginaire, a un visa ne lui permettant pas de s’y installer. Entre passion et ennui, le couple erre dans un vague quotidien sans forme ni sens. Marina voudrait-elle se retrouver dans la foi qu’elle croise un prêtre plus encore perdu qu’elle : un protagoniste (Quintana interprété par Javier Bardem) tellement peu développé que la question même de la pertinence de sa présence se pose. Une même interrogation se dessine à l’égard du personnage de Jane (Rachel McAdams) qui apparaît lorsque Marina disparaît, un temps, de la vie de Neil. Tout est vaporeux, sinueux, ennuyeux et pathétique. La seule ligne claire s’avère être le besoin qu’ont tant Marina que Jane de Neil qui se pose en homme salvateur, en solution, en absolu.

L’enrobage musical et la surprésence de voix-over – le plus souvent des commentaires de la part des quatre protagonistes dans trois langues différentes mais aussi des dialogues collés sur des séquences dépourvues d’échanges verbaux – rendent l’ensemble atmosphérique tout en ancrant une indépassable distanciation. L’émotion est ainsi contrôlée, cadenassée. Elle apparaît dictatoriale et paradoxalement insensible. En construisant une succession de tableaux visuels, tantôt à vif, tantôt poétiques (merci les tortues de mer), Malick oscille entre asphyxie et sublimation à l’instar des modulations de l’émoi des protagonistes. Mais il semble oublier une donnée essentielle : le spectateur. Car si « les gens faibles ne mènent jamais les choses à une conclusion : ils attendent que les autres le fassent », il faut être bien fort pour apprécier TO THE WONDER.

To the wonder - Olga K - Ben Affleck

TO THE WONDER
A LA MERVEILLE

Réalisation : Terrence Malick
France / USA – 2012 – 112 min
Distribution : A Film
Drame

Venise 2012 – Compétition Officielle

To the Wonder - A la merveille - Affiche

To the Wonder - Javier Bardem

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