Thomas Bidegain le Technicien

On 11/06/2012 by Nicolas Gilson

En collaboration avec l’ASA, le Brussels Film Festival a organisé une rencontre publique avec Thomas Bidegain. De question en question, le co-scénariste des films UN PROPHETE et DE ROUILLE ET D’OS de Jacques Audiard et de A PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse a esquissé ce que d’aucun qualifie de méthode.

« On n’écrit pas des histoires, on écrit des films »

Aux trois portes d’entrée en matière proposées par l’un des membres de l’ASA qui animaient l’évènement, correspondant chacune à une base scénaristique différente (un fait divers pour A PERDRE LA RAISON, des nouvelles pour DE ROUILLE ET D’OS et un scénario préexistant pour UN PROPHETE), le co-scénariste a préféré parler de comment il est arrivé à l’écriture. Par ce biais il a suggéré d’entrée de jeu de nourrir la réflexion du scénariste de la réalité des autres métiers du cinéma. Thomas Bidegain a travaillé comme distributeur et comme producteur. Des fonctions qui envisagent le cinéma sous un angle économique sans pour autant être – forcément – mercantile. Le point de vue du distributeur repose sur la question de savoir ce qui va faire qu’un spectateur va aller voir le film. Or, in fine, « faire des films, c’est les faire pour que le public vienne les voir ».

Lorsqu’il travaillait à la production d’un long-métrage qu’il ne parvenait pas à mettre en place pour diverses raisons, Thomas Bidegain s’est rendu compte qu’il ne se posait pas les bonnes questions. Après avoir passé un an à ne pas parvenir à faire un film et après avoir vu un autre projet aboutir en quelques jours, le producteur d’alors s’est demandé comment réaliser un film en une semaine. En retournant le problème dans tous les sens, il constate que l’ensemble des contraintes liées à un tel projet doivent se retrouver dans le scénario, que l’écriture-même du film doit se faire en rapport à sa mise en place. Il écrit alors un film qui sera tourné en neuf jours.

« On n’écrit pas des histoires, on écrit des films » : la méthode – s’il est nécessaire d’en trouver une – est là. Il s’agit de tendre à une cohérence entre les conditions, les contraintes,… et l’histoire que l’on veut raconter. Ainsi l’histoire ne prédomine pas, elle fait partie de l’ensemble du film. Thomas Bidegain envisage le rôle du scénariste comme celui d’un technicien. C’est là la seule « vérité » qu’il peut prétendre livrer.

Il insiste aussi sur l’importance de savoir ce que l’on cherche, car un film se définit petit à petit. Il parle alors de cube – ou de boussole – : il s’agit de l’univers du film que l’on va nourrir ou non d’éléments selon que ceux-ci lui appartiennent ou tombent à côté. Dans la construction scénaristique, il lui apparaît important d’envisager le « Comment » qui doit se substituer à des « Et si ? » qu’il faut condamner.

Excitée par la boutade qu’il lancera qu’il n’a que cinq règles d’écriture, une partie du public s’est efforcée à obtenir un pamphlet didactique dont Thomas Bidegain ne se prétend pas maître. Témoignant d’un amusant sens de l’humour et d’un grand sens de la répartie lors des échanges avec le public, il en citera trois : « les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être » ; « un scénario, c’est un point de vue et du temps qui passe » ; « un film, c’est des images claires et des idées floues ».

Au fil des questions, en évoquant les différents projets qu’il a co-scénarisés, de la revisitation du film de genre avec UN PROPHETE au caractère mélodramatique assumé de DE ROUILLES ET D’OS, Thomas Bidegain a, avec fougue, illustré d’exemples ces paraphrases tout en nourrissant son point de vue sur le caractère technique du rôle joué par les scénaristes. Scénariste aujourd’hui, producteur et distributeur hier, Thomas Bidegain a démontré qu’il est avant tout un homme de cinéma. Un passionné qui envisage d’ailleurs la réalisation comme un continuum puisqu’il se plaît à découvrir, sous des angles neufs, les facettes de cet univers.

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