Thérèse Desqueroux

On 14/11/2012 by Nicolas Gilson

Ultime réalisation de Claude Miller, THERESE DESQUEROUX met en scène, sous des atours classiques, des enjeux sociétaux prépondérants. En adaptant le roman éponyme de François Mauriac, le réalisateur s’intéresse à un destin de femme qui met en exergue la question des droits individuels. Derrière le film d’époque, à la lumière de la filmographie de Claude Miller, se cache la mise en question de l’évolution de notre société.

Le récit de Mauriac est réarticulé par Miller de manière chronologique. Nous découvrons Thérèse enfant alors qu’elle est déjà promise au frère de sa meilleure amie dans le but d’unir des propriétés terriennes. Orpheline de mère, élevée par sa tante qui n’a jamais été mariée, Thérèse est bientôt une jeune femme qui a du franc-parlé et maintient une liberté de penser. Si elle défie les conventions, elle s’y plie tout de même en consentant, en pleine conscience, à un mariage de raison. Claude Miller dessine le contexte qui a bercé le geste que Thérèse commet en empoisonnant son mari, qui conduit à son procès et à sa perte. Il rend également le personnage trouble, l’anime de jalousie en esquissant les désirs et les pulsions qui la perturbent. Il réécrit enfin le destin de la jeune femme qu’il libère, comme il le peut, des codes alors en vigueur.

Bien que la narration domine la dynamique d’écriture, Claude Miller y insuffle de manière (trop) ponctuelle des séquences oniriques qui nous fondent à l’esprit de Thérèse. Le trouble de la jeune femme est avant-tout établi grâce à l’emploi d’une musique extradiégétique. Celle-ci se module au fil du récit à l’image de l’évolution du personnage et de ses sentiments. Bien qu’atmosphérique la musique n’est pas pour autant assommante, Claude Miller y recourant avec parcimonie et à dessein.

L’approche chronologique est soulignée par l’emploi d’intertitres situant, dans le temps et dans l’espace, les actions qui se succèdent, de séquence en séquence, comme autant de chapitres avec, en guise de ponctuations, de nombreux passages au noir. Parallèlement, plusieurs interventions en voix-over participent à la dynamique scénaristique. Certaines sont réussies, à l’instar de la correspondance de Thérèse, d’autres moins tant l’emploi de ce truchement apparaît alors n’être qu’un truc permettant d’avancer dans la trame narrative.

Si l’approche est résolument classique, Claude Miller fait revivre une époque où les enjeux féministes qu’il met en scène ne peuvent que faire polémique. Parallèlement, par le choix de replacer le récit de Mauriac à la fin des années 20, Miller n’épargne pas la société de l’entre deux guerre dont notamment l’antisémitisme ne peut que nous paraître effroyable. Et, en sous-texte, ne peut que s’esquisser la mise en question du devenir de cette société, la nôtre.

THERESE DESQUEROUX
♥♥
Réalisation : Claude MILLER
France – 2012 – 110 min
Distribution : KFD
Drame

Cannes 2012 – Sélection Officielle – Film de Clôture

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