Critique : The Voices

On 11/03/2015 by Nicolas Gilson

Sciemment décalé, aussi surprenant qu’improbable, THE VOICES de Marjane Satrapi a tout pour plaire… sauf son rythme. Mettant ambitieusement en scène une comédie noire aux accents colorés, la réalisatrice renouvelle les défauts de POULET AUX PRUNES et livre un film trop hermétique. Un constat d’autant plus désolant que le délire semble pourtant sans limite.

Jerry est un banal employé dans une petite entreprise où il travaille à l’empaquetage à la chaine. A priori ordinaire et effacé, il est attiré par sa collègue Fiona qu’il se décide à aborder suivant les conseils de son chat, Mr. Whiskers, et de son chien, Bosco. Décrochant un rendez-vous, alors que rien ne se passe comme prévu, il tue accidentellement la belle. Mr. Whiskers, qui ne cesse de répéter à Jerry qu’un tueur en série sommeille en lui, aurait-il raison ?

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D’entrée de jeu Marjabe Satrapi assoit la fragilité d’esprit de son de son protagoniste qui se révèle être sujet à la schizophrénie. Suivi par une psychiatre, Jerry est censé prendre des médicaments dont son chat lui martèle qu’il n’a pas besoin. La réalisatrice nous plonge dans un univers tout à la fois fantasque et réaliste, franchement suranné, dont la tonalité demeure toutefois obscure tant elle entremêle les points de vue dans une dynamique in fine esthétique – voire esthétisante.

La première partie du film tant à objectiver la folie de Jerry en nous fondant à son regard et nous plongeant dans la singularité de son quotidien où il dialogue avec son chien et son chat, où ses animaux dialoguent avec lui. Le brave toutou est sa bonne conscience tandis que le félin excite ses pulsions. Déjà le regard narquois et amusé de Marjane Satrapi s’impose, flirtant avec le burlesque au film d’une addition d’éléments tous plus kitsch les uns que les autres. Face au regard de Jerry et au sien, la réalisatrice développe aussi celui des autres personnages. Ceux qui jugent Jerry, s’en moquent ou le trouvent malgré son étrangeté, adorables. L’univers mis en place est-il impayable, qu’il apparaît touffu au point d’en devenir confus.

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La singularité et l’efficacité du scénario sont louables. Satrapi parvient à mettre en scène une comédie noire absconse qui flirte avec le film de genre tout en s’en moquant. Cependant, la réalisatrice ne joue que trop peu avec les codes du cinéma et s’attèle à un exercice de style proprement graphique qui démultiplie les pistes sensitives et nous demande une attention des plus contraignante. Les basculements ne s’opèrent qu’avec trop de fluidité, fruits d’un univers débridé dont la réalisatrice n’a de cesse de nous mettre à distance. Si l’on se prend au jeu, c’est un plaisir mais dans le cas contraire, THE VOICES devient un supplice.

Citons tout de même deux séquences musicales savoureuses dont le générique de fin qui se veut être une explosion en apothéose ou, selon que l’on soit resté froid face à ce délire, une libération qui tient de la récompense.

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•/♥♥
Réalisation : Marjane Satrapi
USA – 2014 – 103 min
Distribution : Victory Production
Comédie noire

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