Critique : The Tale of Tales

On 14/05/2015 by Nicolas Gilson

Adaptant le plus ancien livre de contes populaires, Matteo Garrone signe un film tout à la fois grandiose et décevant tant son CONTE DES CONTES peine à trouver l’équilibre des funambules qu’il met en scène. Au travers des destins de trois royaumes, il croise plusieurs récits de Giambatiste Basile dont il s’approprie l’essence afin de créer une narration propre dont il assoit l’hypothèse d’universalité grâce à un casting international et à la langue anglaise.

Forgive me my love, I’ll make you happy

Il était une fois une reine inconsolable de ne pouvoir enfanter, un manarque libertin qui, séduit par son chant, tombe amoureux d’une femme qui refuse de se montrer à lui et un autre, élevant seul sa fille, qui las des distractions qu’elle lui offre est captivé par une puce. Il était une fois un conte multiple…

il racconto dei racconti - salma hayek

Matteo Garrone nous propose de pénétrer un monde fantastique en épousant le pas d’un troubadour qui entre à la Cour pour y divertir une reine à l’allure grave et austère. Il observe ensuite une assemblée qui rit et réagit à une succession de numéros de cirque. En place centrale, la reine reste de marbre face au spectacle jusqu’à ce qu’une acrobate ne laisse entrevoir la rondeur de son ventre fertile. L’altesse s’enfuit avant que ne s’inscrivent les raisons de son malheur. Lui vouant un amour sans limite, son époux est prêt à donner sa vie contre celle d’un descendant. Il suit les préceptes d’un mage qui se présente à eux et le voeux de sa dulcinée se réalise enfin – ce qui n’est pas sans conséquence. Le Palais est à la fête et la naissance est célébrée par les Royaumes voisins à la tête desquels on retrouve un père amoureux de sa jeune fille et un fornicateur invétéré – dont l’introduction nous offre le « bon goût » d’un fantasme lesbien qui n’a rien que d’hétérosexuel.

Nous propulsant bientôt 16 ans plus tard, le réalisateur entremêle trois axes narratifs nourris de plusieurs contes et légendes emprunts de touches de lucidité réaliste dans un univers qui ne l’est pas. Si les lignes sont fluides, les enchaînements nous emportant d’un récit à l’autre – d’un royaume à l’autre – semblent révéler un réel souci de mise en perspective d’un projet titanesque. Aussi la construction scénaristique pose quelque peu question… À moins que, emportés au cœur de la fantaisie et complices des protagonistes, nous n’en voulions que plus ; refusant d’abandonner les uns tout en étant heureux de retrouver les autres là où nous les avions laissés (malgré nous). Garrone se révèle conteur alors que nous nous rêverions observateurs voire acteurs d’aventures qui n’ont pourtant rien de féérique.

Le conte des contesComme l’annonce le mage, il faut respecter l’équilibre du monde si bien qu’à la vie répond la mort et que le bonheur va de pair avec un son opposé. La maternité de la Reine la conduit-elle à un amour absolu pour son fils qu’elle en devient tyrannique, emprise de jalousie envers la complicité qu’il porte à un indésirable jumeau. Dans leur développement, les lignes narratives soulèvent des questions existentielles communes et pertinente qui font échos à des questions à la fois contemporaines et intemporelle entre le désir de jeunesse éternelle et le despotisme aveugle. Nombreux sont les enjeux mis en place à mesure que les personnages se révèlent troublants malgré leur possible folie ou leur cruelle monstruosité. LE CONTE DES CONTES étant alors une satire pertinente.

Quelque peu inégal – si seulement Salma Hayek était crédible au-delà d’une expression plastique – le casting est assez audacieux. Christian et Jonas Lees incarnent avec grâce deux êtres fusionnels tandis que Bebe Cave est surprenante dans le rôle d’une jeune fille un peu trop sotte qui apprend à se rebeller. Dans les rôles de deux très vieilles jeunes filles, Hayley Carmichael et Shirley Henderson sont stupéfiantes – la dernière exacerbant cruellement un sentiment de désespoir déstabilisant lorsqu’elle supplie qu’on l’écorche à vif pour retrouver sa jeunesse.

Essentiels à la création d’un univers grandiloquent, les décors et les costumes sont prodigieux. Ils offrent à Garrone un cadre visuel majestueux avec lequel il joue le plus souvent merveilleusement. Fabriquant certains effets spéciaux à l’ancienne, il donne (rend) vie à l’imaginaire et nous invite à un étonnant voyage dont il brise pourtant la magie lorsqu’il recourt notamment à des incrustations et des animations en 3D franchement pitoyables. Un jeu en deux mesures que l’on retrouve également dans la musique composée par Alexandre Desplat qui tantôt participe à la narration, tantôt semble platement enrober l’ensemble.

TALE OF TALES
Il racconto dei racconti / Le conte des contes
♥♥
Réalisation : Matteo Garrone
Italie / France – 2015 – 120 min
Distribution : /
Fantastique

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Compétition
Film Fest Gent 2015 – Global Cinemalcinem

Cannes 2015 signature 2

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