Critique : The Revenant

On 16/01/2016 by Nicolas Gilson

Dans la foulée de BIRDMAN, Alejandro González Iñárritu nous livre sa nouvelle prouesse esthétisante : THE REVENANT. Du pur onanisme reposant sur un scénario moralisateur et manichéen qui demande au spectateur une passivité totale au risque de paraître risible. Emporté par un miraculeux Leonardo DiCaprio, le film est servi par une éblouissante photographie qui présente néanmoins l’inconvénient de se suffire à elle-même. Demeurent des décors mirifiques et un extraordinaire Tom Hardy. Lorsque l’expérience rime avec l’épreuve (et non l’inverse).

Lors d’une expédition au coeur de l’Amérique Sauvage, des trappeurs deviennent la cible de vilains Sioux. Sous les ordres du Capitaine Andrew Henry (Domhnall Gleeson), les survivants abandonnent les fourrures qu’ils ont pu sauver et entame une traversée sauvage afin de rejoindre leur campement. Hugh Glass (Leonardo DiCaprio) est leur éclaireur. Victime de la charge d’un ours, il est bientôt en piteux état. Son fils et deux officiers demeurent à ses côtés promettant de l’enterrer dignement avant de rejoindre les autres membres de l’expédition. Une promesse que John Fitzgerald (magistral Tom Hardy) ne tient pas, le laissant pour mort…

The Revenant - DiCaprio

Avant de nous plonger pleinement dans l’adrénaline de l’aventure, Iñárritu nous fond au ressenti de son protagoniste, Hugh Glass alors que rêves et souvenirs se confondent – initiant d’emblée l’hypothèse d’un flash-back récurrent. En dialogue avec la nature, à l’instar des Pawnees auprès de qui il a vécu, l’homme entremêle dextérité et sensibilité, paraissant chasser au fil de ses sensations. Une technique qu’il tente de transmettre à son fils, Hawk (Forrest Goodluck), pawnee par sa mère ce qui le rend légitimement méprisable aux yeux des « américains ». Mais à l’image de la caméra d’Iñarritu, nous nous égarons déjà. Tandis que les trappeurs déciment tout sur leur passage, ils deviennent eux-mêmes les objets de la barbaries d’avides Sioux décidés à éliminer un maximum d’entre eux et à leur voler leurs peaux. Leur chef est-il animé par le désir de retrouver sa fille, qu’il n’en est pas moins la caricature du barbare et du sauvage. Des clichés – mensongers, racistes et propagandistes – que nous espérerions enfin dépassés qui nourrissent (ou pourrissent) d’un bout à l’autre le scénario. Mais puisque presque tout le monde en prend pour son grade… la morale n’est-elle pas sauve ?

La chasse fait place à la trappe et à la fuite. Alors que la nature prend le dessus, l’homme tente vaille que vaille de la maîtriser. Outil nécessaire à la survie du groupe, Hugh Glass en devient l’entaille. Par pitié ou par compassion, le Capitaine Andrew Henry lui accorde quelque grâce continuant son expédition – sans plus avoir besoin de cet éclaireur jusque là essentiel. Le film bascule alors, lentement mais surement, vers le « revenge movie » alors que l’ignoble et vénal John Fitzgerald témoigne de l’adage que l’homme est un loup pour l’homme. Le manichéisme est-il total que l’écriture tend à anticiper toute réflexion de la part des spectateurs qui, contrairement aux personnages, ont une vision générale de la situation. Un gavage qui permet (sans doute) d’adhérer à l’évolution de Hugh Glass qui, déchiqueté par un ours, devient la preuve que le Nouveau Continent est sillonné d’eaux miraculeuses. Mais réjouissons-nous, si la vengeance anime Hugh Glass, habité par ses souvenirs et hanté par la mansuétude de son épouse, elle sera condamnée.

Alejandro González Iñárritu or « The WOW Effect »

Signé par Emmanuel Lubezki, la photographie est tout à la fois éblouissante et assassine. La lumière est envoutante et tient du sublime, magnifiant proprement la nature et soulignant la caractère messianique que revêt Hugh Glass. Toutefois le réalisateur se veut divin imposant à travers la mobilité du cadre un point de vue dont l’expressivité flirte avec la vanité. Témoin de l’aventure qu’il met en scène, Inãrritu nous offre un grand spectacle qu’il pawnees hyper-réaliste au point de nous immerger au coeur même d’une mise en scène. Faussement organique, celle-ci est pleinement démonstrative. Le réalisateur s’amuse-t-il qu’il a raison de notre attention à vouloir trop en faire. Ainsi lors de la séquence où Hugh Glass affronte un ours, la sensation de promiscuité à laquelle il tend est telle qu’il « capte » la respiration de l’animal jusqu’à ce qu’elle embue la lentille de la caméra. Une mise en abyme radicale qu’il n’exploite pas, comme satisfait de son effet. Une pédanterie dont il ne cesse de témoigner, vainement – comme ce fut déjà le cas dans BIRDMAN. Nous impressionne-t-il que l’effet se suffit à lui-même.

Néanmoins, à défaut de faire sens, l’approche demeure étourdissante. À la mobilité de la caméra répond la circularité du son qui constitue une expérience en soi. La musique est un accessoire employé avec acuité participant à l’expérimentation induite par les modulations sonores tout en répondant à une certaine logique illustrative. Aidé par un maquillage formidable, le casting séduira les amateurs de performance puisqu’il ne s’agit-il in fine que de cela.

THE REVENANT

Réalisation : Alejandro González Iñárritu
USA – 2015 – 151 min
Distribution : 20th Century Fox
Aventure initiatiquethe revenant - afficheThe Revenant - Tom Hardy The Revenant - landscape

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