Critique : The Reunion

On 19/08/2014 by Nicolas Gilson

Avec THE REUNION, l’artiste suédoise Anna Odell signe un première fiction au sein de laquelle elle met en scène une curieuse expérience. Ce faisant elle questionne le comportement d’un groupe et son influence sur les individus qui le composent ou qui en sont exclus. Si, malgré un captivant mécanisme de mise en abyme, la démarche se révèle quelque peu complaisante, le film demeure intriguant.

The Reunion

Composé en deux parties distinctes, THE REUNION entremêle deux niveaux de fiction qui se répondent et se complètent. Le film s’ouvre ainsi sur une réunion d’anciens camarades de classe qui se retrouvent après 20 ans. Alors que chacun porte son masque et arbore son sourire, au fil des interactions, les personnalités se révèlent. Débarquant alors qu’elle n’est pas invitée, Anna Odell (dans son propre rôle) trouble l’assemblée qui fait face pluriellement à cette intrusion.

Le mouton noir est décidé à ne pas être le dindon de la farce : Anna revendique, peu à peu, les raisons qui l’ont conduite à être présente. Si sans surprises personne n’est prêt à les écouter, la condamnation est plus sévère et plus cruelle qu’un simple dédain. Le film devient alors passionnant malgré une centralité trop marquée du personnage d’Anna et l’absence de réelles motivations – si ce n’est crier le désarrois qui fut le sien face à des gens qui ne sont pas capable de l’entendre. L’agitation des uns conduit à l’échauffement des autres avant de se clôturer sur une chute pour le moins éloquente.

Subjuguante introduction, cette première partie est en fait une fiction au sein de la fiction. Anna Odell (dans son propre rôle) a en effet fantasmé quelle aurait pu être cette réunion si elle s’y était rendue. Cependant, comme elle n’y a pas été invitée et elle n’y est pas allée. Avec pour titre « Les rencontres », la seconde partie consiste à mettre en abyme une démarche expérimentale. Anna invite chez elle ses anciens camarades (interprétés par d’autres comédiens) afin de leur projeter le film et d’enregistrer leurs réactions. Ce second axe fictionnel esquisse nombre de complications auxquelles l’artiste doit faire face, selon que ses anciens camarades acceptent ou refusent l’invitation.

Si le scénario – et au-delà l’idée même de celui-ci – est en bien des points passionnant, Anna Odell ne remet jamais en cause ni le bien fondé de sa démarche ni son propre jugement à l’égard de ceux qu’elle condamne virulement. Un égocentrisme proprement paradoxal qui laisse une impression quelque peu amère et ce d’autant plus que la maîtrise indéniable de l’outil cinématohraphique assoit tout à la fois l’impression de jugement (notamment dans une dynamique de cadrage serré sur les visage) et le caractère auto-centré (Anna Odell n’hésitant pas à exacerber son ressenti de manière pour le moins pathétique notamment au travers de renfort musicaux). Cependant, en faisant fi de notre propre jugement, il est indéniable que la réalisatrice signe ici, sans révolutionner l’histoire du cinéma, un premier film qui ne laisse pas indifférent.

The reunion - affiche

THE REUNION
Återträffen

Réalisation : Anna Odell
Suède – 2013 – 89 min
Distribution : Imagine Films
Comédie dramatique

Brussels Film Festival 2014 – Compétition
Meilleur Premier Film – Prix du Jury Jeune – Prix RTBF

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