Critique : The Master

On 01/03/2013 by Nicolas Gilson

Paul Thomas Anderson signe un film techniquement sublime sans pour autant nous emporter dans l’univers qu’il met en scène. Servi d’un admirable casting THE MASTER nous trouble sans nous passionner, excite notre curiosité sans la contenter et s’avère toutefois plus frustrant que décevant.

Après s’être battu dans la Pacifique, Freddie Quell tente de reprendre une vie normale. Le jeune vétéran, qui s’essaie alors au travail de photographe, trouve refuge dans une consommation excessive d’alcool dont il faisait déjà preuve dans le corps naval. Son alcoolisme est tel qu’il distille sa propre gnôle à base de tout ce qu’il peut bien trouver. Animé d’une violence incontrôlable, par un jeu de circonstances, il trouve refuge auprès de Lancaster Dodd, le meneur d’un groupement spirituel, dont le charisme le séduit, l’apaise et le perturbe tout à la fois.

Paul Thomas Anderson esquisse le portrait d’un homme fragile qui semble transcender le malêtre d’une pleine génération. Freddie Quell est un marginal qui après avoir été utile à son pays est livré à lui-même et qui s’avère incapable de s’insérer dans la société. Lorsqu’il rencontre Lancaster Dodd, il trouve dans l’attention qui lui est portée une forme de reconnaissance et d’amitié. Il découvre aussi – et nous avec lui – un étrange microcosme animé par la croyance en une forme de transmigration de l’âme. Le sujet du film devient alors pluriel : au-delà du portrait premier, il est question de la relation entre Freddie et Lancaster, et à travers celle-ci de l’évolution de la secte dirigée par ce dernier soutenu par sa singulière famille. Rapidement le point de vue adopté devient alors bien sinueux. Paul Thomas Anderson emprunte de nombreuses pistes sans jamais aller au bout d’aucune d’entre elles si bien que THE MASTER en devient démonstratif et son intensité ne cesse de se distiller.

Bien qu’il semble concentrer et construire son scénario sur base de l’évolution de Freddie, Anderson donne à la fois trop de place et pas assez au personnage de Lancaster Dodd. Sa femme et sa famille apparaissent également revêtir une importance qui nous est au final bien obscure tant les éléments mis en place ne sont jamais développés. Ainsi la sexualité de Lancaster est esquissée – et ce bien frontalement – sans que jamais cet élément ne prenne sens. Et il en va de même pour les fantasmes qui semblent animer Freddie.

Plus encore, alors qu’il témoigne d’une parfaite maîtrise technique et qu’il recrée avec habilité une époque à laquelle il donne réalisme et volume, Paul Thomas Anderson semble sombrer dans l’esthétisation pure. Il apparaît même se faire plaisir dans la mise en scène et le montage de certaines séquences – à l’instar de celle où Lancaster pour une démonstration demande à Freddie de faire un exercice le conduisant à traverser une pièce allant d’une fenêtre à un mur recouvert de boiseries – sans qu’aucune cohérence, tant narrative qu’esthétique, ne prévale. Et cela est déplorable tant son travail de réalisateur s’avère adroit et minutieux.

La qualité d’interprétation de l’ensemble du casting est toutefois magistrale et Joaquin Phoenix est tout bonnement stupéfiant. Il donne vie au personnage de Freddie à travers son corps mais aussi un regard à la fois vide et plein de rage dont la sincérité semble totale. Il porte en lui une violence et une fragilité qui s’avèrent bouleversantes et proprement décontenançantes.

THE MASTER
♥♥
Réalisation : Paul Thomas Anderson
USA – 2012 – 144 min
Distribution : A-Film
Drame

Venise 2012 – Compétition Officielle

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